Le musée du journalisme américain met la clé sous la porte

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En façade du Newseum, sur Pensylvannia Avenue à Washington, est gravé le premier amendement de la Constitution américaine, garantissant la liberté de la presse.
En façade du Newseum, sur Pensylvannia Avenue à Washington, est gravé le premier amendement de la Constitution américaine, garantissant la liberté de la presse. JARED SOARES/The New York Times-REDUX-REA

Les « unes » de journaux des 50 États américains affichées chaque matin resteront en vitrine encore quelques jours. Les mots solennels du premier amendement de la Constitution américaine garantissant la liberté de la presse, gravés sur la façade de marbre qui surplombe Pennsylvania Avenue dans la capitale fédérale, ne s’effaceront pas du jour au lendemain. Mais les portes du Newseum, elles, se refermeront bien le 31 décembre sur douze ans d’informations et d’expositions consacrées au journalisme, à la liberté d’expression et aux événements ayant marqué l’actualité mondiale.

« Alors que la presse est constamment attaquée par le président, ce n’est pas le bon moment pour perdre un tel lieu. » Rita Frost, une visiteuse venue de Caroline du Nord

Alors que la guerre ouverte par le président américain Donald Trump contre les journalistes ne connaît pas de trêve, certains voient dans la fermeture de ce temple de l’information libre un signe des temps ; d’autres, l’échec d’un projet culturel mal ficelé. À quelques jours de l’échéance, annoncée en début d’année par les responsables du musée pour des raisons financières, Kevin Reese, un Washingtonien « militant de la liberté de la presse », est venu rendre « un dernier hommage à ce lieu nécessaire et à son message puissant ». « C’est l’endroit où l’on réalise que la mission du journalisme est la quête de la vérité et qu’il n’est pas l’ennemi du peuple », allusion à l’insulte régulièrement adressée aux journalistes par M. Trump. « Alors que la presse est constamment attaquée par le président, ce n’est pas le bon moment pour perdre un tel lieu », regrette aussi Rita Frost, une visiteuse venue de Caroline du Nord.

Une impressionnante collection

Sis dans un bâtiment luxueux de sept étages construit pour plus de 450 millions de dollars sur la prestigieuse avenue de Washington reliant la Maison Blanche au Capitole, le Newseum avait vu grand : des expositions permanentes sur le travail de la presse avec le FBI dans les grandes affaires criminelles des États-Unis ; une rétrospective de la couverture médiatique des attentats du 11-Septembre, incarnée par des objets ayant appartenu aux victimes et un vestige de l’une des tours effondrées ; une histoire documentée de la liberté d’expression et des techniques de partage de l’information ; l’accès aux « unes » de centaines de journaux étrangers… À elle seule, l’impressionnante collection des photographies lauréates du prix Pulitzer, contextualisées par des interviews souvent poignantes de leurs auteurs, valait la visite.

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Le Newseum se targuait d’abriter le « seul pan du mur de Berlin » exposé hors d’Allemagne, dans une partie hybride célébrant davantage l’événement historique que sa couverture médiatique. Il défendait aussi la mémoire des centaines de journaux locaux publiés depuis la création des États-Unis, et dont la majeure partie disparaît peu à peu. Cette collection riche et ­disparate voisinait étrangement avec des thèmes plus décevants comme l’exposition consacrée aux « chiens des présidents américains ».

Dix millions de visiteurs

Cet ensemble unique, voulu par son fondateur, Al Neuharth, le patron d’ USA Today, a attiré 10 millions de visiteurs payants (22 euros l’entrée), mais cela n’a pas suffi à sauver le Newseum de la faillite. Rare musée privé de la capitale américaine, réputée pour son offre culturelle gratuite le long du National Mall, le Newseum avait choisi un modèle ­économique plutôt risqué dans un tel contexte. Le ­président du musée, Peter Prichard, l’a reconnu ­mi-décembre, lors d’une soirée d’adieux. « Nous avons sous-estimé la difficulté à équilibrer un budget dans un environnement où la concurrence est gratuite. » Une mauvaise gestion de la fondation du musée et les ­difficultés du secteur de la presse n’ont pas favorisé la générosité des donateurs.

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Derrière la noblesse de sa mission officielle – « améliorer la compréhension du public pour la liberté de la presse et le premier amendement » –, le Newseum était aussi une entreprise commerciale. Un événement malencontreux survenu en 2018 l’a souligné. Sous la pression du public, la boutique du musée a dû retirer en catastrophe des tee-shirts vantant les « fake news », un vocable popularisé par le président américain pour dénigrer les médias critiques de son action.

Avenir flou

Un comble pour le Newseum dont l’une des dimensions éducatives consistait justement à former des classes entières de collégiens et de lycéens au repérage des infox. « Au nom de la liberté d’expression » et d’une tradition appliquée à tous les présidents américains, le musée avait, en revanche, poursuivi la vente d’objets portant le slogan de Donald Trump, « Make America Great Again ». « Une presse libre est essentielle à notre démocratie et les journalistes ne sont pas les ennemis du peuple », avait précisé la direction du musée. Un rappel utile alors que selon le think tank Pew Research Center, 40 % des partisans du président estiment que les journalistes ont des principes éthiques « très bas ».

L’avenir du Newseum et de ses collections reste flou. Le musée a annoncé que ses activités continueront « dans un autre lieu » mais une partie des objets exposés seront remis à leurs propriétaires. La capitale américaine perd un lieu symbolique qui, au-delà de ses faiblesses, avait, à l’occasion, su s’élever au rang de symbole mondial d’une presse meurtrie. Au soir du 7 janvier 2015, quelques heures après l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, à Paris, le musée avait projeté une image du slogan « Je suis Charlie » sur l’écran géant de son atrium. Quelques jours plus tard, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées devant le Newseum pour défendre la liberté d’expression mortellement attaquée par les terroristes.

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