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La crainte d’une radicalisation de la jeunesse, dans ce pays très majoritairement sunnite où cohabitent de nombreuses communautés, a longtemps permis au pouvoir de justifier son autoritarisme. L’Ouzbékistan a rarement été la cible d’attaques terroristes, mais des ressortissants ouzbeks ou des citoyens d’autres Etats mais d’origine ouzbèke ont été impliqués dans plusieurs attaques ces dernières années, notamment à New York, Stockholm, Istanbul ou Saint-Pétersbourg.
Pendant la période Karimov, les autorités ont exercé un contrôle très strict sur le culte et réprimé impitoyablement toute expression rigoriste, à commencer par le port du voile ou de la barbe. Cette politique destinée à prévenir la radicalisation a en réalité, selon nombre d’observateurs, provoqué l’effet inverse : confrontés, dans l’émigration, à des formes plus libres mais aussi plus radicales de l’islam, des Ouzbeks ont basculé dans le djihadisme.
La transition politique s’accompagne sur ce sujet aussi d’un timide changement. Les appels à la prière ont été autorisés et des aides offertes pour effectuer le pèlerinage à La Mecque. Deux universités islamiques ont été ouvertes. Le président Mirziyoyev met parfois en avant le fait que sa propre mère est voilée.
« Les discours rigoristes sont en augmentation, même chez les imams, qui sont pourtant formés par l’Etat. » Akhmed Rahmanov, qui contribue à des programmes de déradicalisation
« On ne peut pas lutter contre le radicalisme seulement par la répression et le contrôle, explique Sodiq Safoyev, le vice-président du Sénat. C’est une bataille pour les âmes qu’il faut mener, mais avec une ligne rouge : il n’y a pas de place en Ouzbékistan pour un parti qui se réclamerait de l’islam politique. » Cette doctrine s’accompagne d’une mise en avant des pratiques « traditionnelles » de la société ouzbèke, avec l’espoir de préempter le discours islamiste.
Mais Akhmed Rahmanov, qui contribue à des programmes gouvernementaux de déradicalisation, est pessimiste : « Les discours rigoristes sont en augmentation, même chez les imams, qui sont pourtant formés par l’Etat. Comparée à la puissance des messages radicaux, l’alternative actuellement proposée par les politiques reste faible. »
Les prêches des imams sont contrôlés de près et des survivances du passé refont régulièrement surface. En octobre, la police a ainsi mené un raid sur un marché de Tachkent, arrêtant des hommes barbus avant de les conduire chez le barbier pour être rasés. Routinier sous l’ère Karimov, l’épisode a fait scandale et, signe supplémentaire du changement, les hommes se sont plaints. Les autorités ont alors prétendu que la manœuvre consistait seulement à s’assurer de la validité de leurs photos de passeport…
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