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Furieux. Les militaires français digèrent mal la libération au Mali le 8 octobre de 200 prisonniers, dont de hauts cadres djihadistes responsables d’attentats dans la région, en échange de quatre otages – le leader de l’opposition malienne Soumaïla Cissé, deux Italiens et la française Sophie Pétronin.
C’est donc clairement en direction de ses soldats, avec le souci de préserver le moral des troupes déployées sur le terrain au Sahel, que le chef d’état-major des armées s’est exprimé de façon assez inhabituelle, mercredi 14 au Sénat puis jeudi 15 à l’Assemblée nationale, à l’occasion des traditionnelles auditions budgétaires. Le général François Lecointre a ainsi directement recadré l’ex-otage française qui avait déclaré à RFI : « Qu’a fait le gouvernement de transition [à Bamako] ? Il a demandé la libération de leurs militaires. (…) Ce qui est logique. “djihad”, c’est “guerre” en français et c’est une guerre entre des groupes d’opposition armée au régime, ils trouveront le chemin pour la paix. »
Le général Lecointre s’est fait l’écho de « l’incompréhension ou l’indignation », suscitée par ces propos. « On ne peut pas comparer l’ennemi auquel nous sommes aujourd’hui confrontés au Sahel à un groupe armé d’opposition, comparer les modes opératoires de ce groupe armé avec ceux des militaires français ou d’autres armées régulières. C’est un ennemi terroriste qui a fait allégeance à une internationale terroriste dont l’objectif est clairement d’instaurer des régimes et des califats djihadistes et extrémistes sur des territoires entiers. »
Les propos de Mme Pétronin n’ont fait qu’accentuer le malaise né de cette négociation entre la junte au pouvoir à Bamako depuis août et les djihadistes. Nombre des prisonniers libérés le 8 octobre avaient en effet été capturés par les soldats de l’opération « Barkhane » ou les commandos de la force « Sabre », au prix d’opérations très dures.
« L’armée française se bat avec une attention constante au droit international, une éthique exigeante qui lui impose de maîtriser sa violence, avec un objectif politique transparent », a insisté le général Lecointre.
« Je ne peux pas accepter qu’on dise que ces groupes sont comparables. On ne peut pas imaginer que l’armée française aille chercher des otages dans la population civile pour obtenir la libération d’un de ses soldats. »
Non « responsables de ces libérations »
La ministre des armées Florence Parly se rendra dans la région début novembre, dans la foulée de son homologue des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, attendu à Bamako dans quelques jours. « Le résultat est ce qu’il est, je ne peux pas être satisfaite en tant que ministre des armées que de tels prisonniers aient été libérés, même si je n’ai pas le sentiment qu’ils aient du sang français sur les mains », a ajouté pour sa part Mme Parly lors d’un petit-déjeuner de presse jeudi. Et de souligner : « Nous ne sommes pas responsables de ces libérations. Nous sommes présents sur un territoire qui n’est pas le nôtre, régi par les autorités du pays. » A Bamako, la junte a selon elle « d’abord cherché la libération du principal opposant » de l’ex-président déposé IBK.
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