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Des yeux bleus, une barbe blond-roux et le prestige d’un uniforme constellé de médailles. L’homme affiche une autre prestance que les notables bedonnants en haut-de-forme et queue-de-pie de la IIIe République naissante. Georges Boulanger, héraut d’un maelström d’opposants de tout poil, de la gauche radicale aux nationalistes va-t-en-guerre, fut, à 43 ans, le plus jeune général de l’armée française.
Il s’est illustré en 1886 comme ministre de la guerre. Grâce à lui, les soldats couchent désormais sur des matelas. Après un incident avec les Prussiens à la frontière lorraine, il a soulevé l’enthousiasme en réclamant – en vain – un appel à la mobilisation. Le « général Revanche » est le chéri de ces dames, mais son cœur n’est plus à prendre. Le beau militaire est tombé dans les bras de Marguerite Brouzet, devenue par son mariage vicomtesse de Bonnemains, dont les convictions politiques penchent du côté des monarchistes.
Le trop encombrant général, banni du gouvernement, est expédié vers l’Auvergne, à Clermont-Ferrand – « déporté », corrigent ses soutiens – pour diriger le 13e corps d’armée. Sa maîtresse l’y retrouve régulièrement, suivie à distance par les hommes de la Sûreté. Les tourtereaux vivent leur idylle à l’Hôtel des marronniers, de Royat, tenu par Marie Quinton, alias la belle meunière.
« Cet homme ne vit plus que pour elle »
Dans le journal qu’elle tient et qui rencontrera un grand succès lorsqu’il sera publié, elle pressent l’issue de cette passion. « Cet homme ne vit plus que pour elle. Elle fera de lui ce qu’elle voudra. Si elle l’aime pour lui plus que pour elle-même, elle le rendra grand. Sinon, il est perdu. » Puni de trente jours aux arrêts, Boulanger brave l’interdit pour retrouver Marguerite à Paris. Mis à la retraite d’office, il peut se présenter aux élections partielles de 1888.
Son programme : dissoudre l’Assemblée nationale et faire élire une Constituante. C’est un raz de marée. Un soir de janvier 1889, alors que se confirme son élection triomphale à Paris, la foule se presse devant le restaurant Durand, rue Royale, où dîne Boulanger. Parmi ses soutiens, l’idée d’un coup d’Etat a fait son chemin. « A l’Elysée ! », scande-t-on.
Affaiblie par le scandale des décorations (le gendre du président Jules Grévy monnayait l’attribution de la Légion d’honneur), la République vacille, mais le général reste de marbre. La victoire est promise et Marguerite lui a conseillé d’attendre les élections générales de l’automne. Boulanger s’en va retrouver la vicomtesse dans une rue voisine. Une autre version prétend que Marguerite était présente, mais que, saisie d’une violente quinte de toux, il aurait fallu lui faire quitter la table.
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