le frère de Jallal Hami bouleverse le tribunal

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Depuis trois jours Rachid Hami fait face, seul. Concentré, s’emportant parfois quand l’émotion devient trop forte, le frère de Jallal Hami, élève officier de 24 ans mort noyé le 30 octobre 2012 lors d’une nuit de bahutage des premières années de Saint-Cyr Coëtquidan, se tient sur le banc des parties civiles du tribunal correctionnel de Rennes devant les rangs des sept prévenus et de leur défense. Mercredi 25 novembre, à l’issue des interrogatoires des militaires renvoyés pour homicide involontaire, il a pris la parole. « Un peu d’humain dans ces débats très techniques », a-t-il modestement lancé. Son intervention a bouleversé l’audience tribunal, faisant monter les larmes jusque dans les yeux du président du tribunal, Alain Kerhoas. En voici les principaux extraits.

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« Excusez-moi, d’abord, pour les petits moments de perte de contrôle que j’ai pu avoir. Il est très difficile de tout entendre sans parler, une partie civile pour sept prévenus ! Mais ce qui est le plus difficile pour notre famille, c’est que depuis huit ans, Jallal attend la justice. Il a froid.

L’officier Wallerand ne doit avoir aucun regret à avoir recruté Jallal Hami ; il rêvait de Saint-Cyr. Nous sommes arrivés en France en 1992. Pour certains, ici, la guerre c’est un jeu. L’ennemi, quelque chose d’exotique. Le sacrifice, la mort, c’est ce qu’on a vu dans des films, lu dans des livres. Nous, nous l’avons rencontrée en 1990, au début de la décennie sanglante en Algérie. On vivait sous protection policière. Ma mère avait refusé que les islamistes imposent la prière dans son établissement scolaire. Elle avait une idée républicaine de notre pays, cela existait, alors en Algérie.

« L’aguerrissement moral de la vie »

Jallal avait 3 ans, moi 6, quand notre maison a été mitraillée, une nuit. Le théâtre du combat, alors, ce sont nos rues, notre maison, le travail de ma mère. Nous sommes partis en France, nous nous sommes installés en banlieue parisienne. A la violence du déracinement s’est ajoutée celle du déclassement social. Mon père a refusé de venir. Nous avons dû nous battre. Nous avons passé presque un an sans électricité. C’est grâce à la Croix-Rouge et à la générosité des gens qu’on mangeait. Ma mère travaillait, mais seule, c’était difficile.

Quand Jallal s’engage, il a l’aguerrissement moral de la vie. Il a les transmissions de traditions de l’immigré. Mourir à l’école, parce qu’on a été trahi par ses camarades, le système, les personnes qui, dans ce système, ont failli : pour nous cela est très difficile. Les dysfonctionnements, on les connaît. Quand Jallal passe dans l’étang [ce soir d’octobre 2012, avec 150 premières années lourdement équipées] il y a 19 personnes qui témoignent avoir eu de grandes difficultés, qui ont cru mourir. Les [deuxièmes années] s’arrêtent, ils en débattent.

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