Le coup de force manqué de Bagdad contre les milices chiites pro-Iran

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C’est une image dont se serait bien passé le chef du gouvernemeMédia d’appel nt irakien, Mustafa Al-Kadhimi. Lundi 29 juin, fraîchement libérés, des membres des Brigades du Hezbollah, une milice chiite proche de l’Iran, ont brûlé des drapeaux américains et israéliens, tout en piétinant son portrait lors d’une parade à Bagdad. Depuis leur arrestation le 26 juin par les forces antiterroristes (CTS), au motif qu’ils préparaient une attaque contre des intérêts américains, M. Kadhimi n’a de cesse de déminer une situation devenue explosive, face aux menaces répétées des milices pro-iraniennes. Il aura même fallu une séance de réconciliation publique, le 1er juillet, entre les Brigades du Hezbollah et les CTS pour calmer les esprits.

Par cette démonstration de force, ces factions armées ont clairement signalé qu’elles n’entendaient pas se soumettre aussi facilement à l’autorité de l’Etat. Le coup de filet avorté n’en constitue pas moins un signal fort adressé par Mustafa Al-Kadhimi de sa détermination à s’attaquer au problème. « L’incident montre que le gouvernement irakien est prêt, mais pas encore capable, à se protéger des puissantes milices, ou à restaurer l’Etat de droit et à mettre en œuvre la réforme du secteur sécuritaire », analyse Michael Knights, dans une note pour le Washington Institute for Near East Policy. L’expert salue un raid « extraordinaire », qui rompt avec les années d’impunité dont ont bénéficié les Brigades du Hezbollah, considérées comme la « troisième force » de l’« axe iranien » au Moyen-Orient, derrière les gardiens de la révolution iraniens et le Hezbollah libanais.

Le gouvernement précédent d’Adel Abdel Mahdi s’était illustré par son silence face aux attaques répétées des milices chiites pro-Iran contre des diplomates et des soldats américains. Lancées dès la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien par le président américain Donald Trump en mai 2018, ces attaques se sont amplifiées depuis l’automne 2019 et le début du mouvement de protestation anti-pouvoir. Depuis octobre, 33 attaques ont été perpétrées, dont plusieurs meurtrières, que les Etats-Unis ont imputées aux Brigades du Hezbollah. Face à l’aveu d’impuissance de Bagdad, Washington a haussé le ton, jusqu’à assassiner dans une frappe de drone, en janvier, le général iranien Ghassem Soleimani et son lieutenant en Irak, Abou Mahdi Al-Mohandes.

Imposer l’autorité de l’Etat

A sa nomination en mai, Mustafa Al-Kadhimi a fait la promesse d’imposer l’autorité de l’Etat à ces factions armées, qui ont gagné en influence à la faveur de la guerre contre l’organisation Etat islamique (EI). Officiellement, les milices chiites pro-Iran sont intégrées aux unités de la Mobilisation populaire (MP) et répondent directement au premier ministre. Officieusement, elles agissent en toute autonomie et souvent de concert avec Téhéran. Annoncée depuis 2016, la réforme de la MP est sans cesse repoussée. M. Kadhimi est plus que jamais encouragé à la faire par Washington, mais aussi par une partie de la population et par l’ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité chiite du pays.

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