[ad_1]
Analyse. Un nouveau sport à risque a émergé, à la faveur de la crise sanitaire. En pleine mer démontée, sans distinguer la terre à l’horizon, de nombreux experts s’interrogent sur les forces et les fragilités respectives des démocraties et des régimes autoritaires face au Covid-19. Quitte à se contredire en quelques semaines. Au début de l’épidémie, le régime chinois était présenté comme défaillant, tremblant sur ses bases, étouffé par ses propres mensonges. Puis le contraire fut écrit de façon aussi hâtive, lorsque Pékin s’installa en bienfaiteur intéressé et producteur incontournable, face à l’afflux des demandes européennes de masques. On se lamenta alors sur nos dépendances, la lenteur bruxelloise. Et voici que monte le ressentiment contre la Chine.
Ces débats sans fin ne manquent pas d’intérêt. Mais ils ne doivent pas cacher un autre phénomène, antérieur à cette crise, qui a pris une ampleur inédite. Il s’agit de l’avènement de la diplomatie carnivore. Ainsi peut-on qualifier des pratiques dorénavant répandues entre grandes puissances, mélange de brutalité, de propagande à usage intérieur et extérieur, d’égoïsme revendiqué et de défiance pour tout compromis acquis dans un cadre multilatéral.
Il ne faut pas mythifier l’ordre international classique, issu de la seconde guerre mondiale. L’opacité et la fragmentation de ses institutions, la tension entre les notions de droit international et de souveraineté nationale, ou encore la paralysie du Conseil de sécurité étaient criantes depuis des années. Le désastre sans fin en Syrie en fournit l’exemple le plus accablant. Mais ce qui se dessine ne ressemble pas à un phénomène passager. Le mauvais exemple vient des Etats-Unis, ancien gardien de cet ordre, le mettant à présent en terre.
L’administration Trump se caractérise par un mépris inédit pour le format multilatéral. Elle fonctionne par boucs émissaires, de l’office venant en aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en passant par les alliés européens dans l’OTAN. Elle ne se sent pas engagée par la parole des administrations précédentes et par le principe de continuité de l’Etat, comme l’a montré le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien ou de celui sur le climat, dans le but de brûler l’héritage Obama.
Les zones d’influence de Pékin
Puisque l’ancien gardien du système se comporte dorénavant comme un acteur sans foi ni loi, les règles communes s’effacent, la force se décline dans les mots et dans les gestes. La Russie, la Chine et la Turquie utilisent actuellement des méthodes similaires de communication – avec une efficacité d’ailleurs très discutable – en complément de leurs capacités de projection militaire, plus que jamais déterminantes. Chaque pays a ses particularités, c’est une évidence, mais des traits communs se dessinent. Dans un mélange de nationalisme, de mépris pour la vérité historique et de paranoïa, ces Etats traquent les opposants et mettent en cause le travail des journalistes critiques. Ils utilisent leurs propres relais médiatiques – chaînes de télévision, agences de presse, comptes affiliés sur les réseaux sociaux – non seulement pour dessiner une image féerique de leurs actions, mais aussi pour dénigrer les gouvernements occidentaux, représentants d’un modèle concurrentiel jugé défaillant. Parfois, ce sont les diplomates eux-mêmes qui se chargent des basses œuvres.
Il vous reste 54.1% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
[ad_2]
Source link
Have something to say? Leave a comment: