Le combat d’un ex-hockeyeur canadien contre les pugilats

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Enrico Ciccone (à gauche) lorsqu’il jouait pour l’équipe de NHL des Washington Capitals, en janvier 1999.
Enrico Ciccone (à gauche) lorsqu’il jouait pour l’équipe de NHL des Washington Capitals, en janvier 1999. SHAUN BEST / REUTERS

LETTRE DE MONTRÉAL

Dans son modeste bureau de la circonscription de Lachine (banlieue de Montréal) dont il est élu depuis 2018, il a accroché quelques vestiges de sa vie d’avant. Un maillot rouge et blanc avec son numéro, 39, et son nom, Enrico Ciccone.

Vingt ans après avoir pris sa retraite de hockeyeur – il a joué défenseur en Ligue nationale (NHL) de 1991 à 2001 –, le désormais député de l’Assemblée nationale du Québec, élu sous la bannière du Parti libéral, ressemble toujours à ce qu’il a été : grand, baraqué et tatoué.

Mais quand il s’avance pour nous saluer, sourire avenant et franche poignée de main, on a du mal à imaginer que cet homme était hier un redoutable « goon ». « Goon ? » Un bagarreur. Un de ceux qui sur un terrain de hockey, jettent les gants et se mettent à distribuer des gnons. Des coups de poing pour faire mal, de ceux qui parfois laissent un homme à terre.

Il faut avoir assisté une fois à un match de hockey au Canada pour mesurer la violence sidérante de ces bagarres qui éclatent sporadiquement sur la glace, sous les vivats des spectateurs. Un des joueurs doit se retrouver à terre pour que l’arbitre intervienne enfin. Le Canada est le dernier pays où les pugilats restent tolérés. Encadrés certes, avec quelques minutes de pénalités pour les joueurs fautifs, en diminution aussi au fil des ans, mais tolérés.

Lanceur d’alerte

Enrico Ciccone a fait de leur interdiction dans la Ligue junior, où évoluent des mineurs, le combat de sa nouvelle vie politique. Il joue les lanceurs d’alerte en dénonçant publiquement les dangers de telles rixes.

Il avoue se heurter régulièrement aux critiques de ceux qui rappellent qu’il a gagné « beaucoup d’argent à jouer de cette façon ». « C’est vrai, reconnaît-il, mais autres temps, autres mœurs. » Et aujourd’hui, il se dit mieux placé que quiconque pour savoir ce qu’il en coûte d’avoir été un « bagarreur ». « Je vais avoir 50 ans dans quelques jours, et chaque matin quand je me lève, je me demande : est-ce que je vais commencer à perdre la mémoire ? Est-ce que je vais être atteint de démence ? Est-ce que je vais développer un Alzheimer précoce ? »

Car il n’en avait pas conscience à l’époque, mais il est désormais établi scientifiquement que les coups à la tête, les six ou sept commotions cérébrales qu’il dit avoir subies au long de sa carrière de joueur, laissent des traces indélébiles. Et parfois mortifères.

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Enrico Ciccone raconte ses anciens coéquipiers ou adversaires tombés en dépression, « l’un de mes amis s’est réfugié dans les bois car il est désormais incapable de vivre en société », il égrène la liste de ceux qui se sont suicidés. Beaucoup de ceux-là souffraient ou souffriraient aujourd’hui d’encéphalopathie traumatique chronique, cette maladie découverte par le neurologue d’origine nigériane Bennet Omalu en 2002 au sein de la Ligue nationale de football américaine (NFL), que Will Smith a incarné et popularisé dans le film Seul contre tous, sorti au cinéma en 2015.

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