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En 1981, François Mitterrand avait imaginé un éphémère « ministère du temps libre ». Autres temps, autre priorité : un « ministère de la prospérité de la classe moyenne » vient de faire son apparition dans le nouveau cabinet du premier ministre canadien Justin Trudeau, réélu en octobre. Cette appellation incongrue n’a pas manqué de faire réagir.
Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, s’inquiète de « l’abandon des plus vulnérables », et les conservateurs y voient « l’aveu de l’échec des libéraux à conforter cette classe moyenne lors de leur précédent mandat ». D’aucuns subodorent un stratagème de M. Trudeau pour atteindre la parité (l’élue ontarienne Mona Fortier hérite de ce ministère). Une éditorialiste du journal québécois Le Soleil s’est demandé si le titre exact n’aurait pas dû être « ministère de la réélection ».
Car l’intitulé, que l’on croirait tout droit sorti d’un cabinet publicitaire, illustre l’obsession du chef du gouvernement pour la classe moyenne, dont il avait fait sa cible électorale en 2015, lors de sa première élection. Pour être reconduit, il s’est engagé à « aider la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour la rejoindre ». Il veut pouvoir compter sur elle au cas où son nouveau gouvernement, minoritaire, tiendrait moins longtemps qu’espéré.
Un « revirement historique »
Du fait d’une forte croissance économique et de certaines mesures fiscales, cette classe moyenne se porte plutôt bien. En septembre, une étude de La Presse-Statistique Canada évoquait même « un revirement historique ». Après s’être racornie et appauvrie pendant des décennies, cette catégorie – correspondant à une famille de quatre personnes disposant d’un revenu annuel entre 63 675 et 127 350 dollars canadiens, soit entre 43 500 et 87 000 euros – s’est élargie, augmentant de plus d’un million de personnes entre 2013 et 2017. Elle représente près de 42 % de la population totale du pays. « Mais, électoralement, c’est beaucoup plus que cela », note Jean-Herman Guay, professeur à l’école de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, dans Le Soleil.
Lors des dernières élections, tous les partis ont tenté de séduire ces électeurs qui appartiennent, ont le sentiment d’appartenir ou aspirent à appartenir à cette classe moyenne, car ce sont eux qui font et défont les majorités.
A quoi servira ce ministère ? Mona Fortier, dont c’est le premier portefeuille, n’a pas caché qu’elle cherchait encore à définir les contours de son action. Justin Trudeau a promis de nouvelles baisses d’impôt pour tous les contribuables gagnant moins de 150 000 dollars par an. La réalisation de cette promesse relève avant tout du ministre des finances, mais le nouveau « ministère de la prospérité de la classe moyenne » pourra toujours arguer qu’il y est pour quelque chose…
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