[ad_1]
Des dizaines de millions d’euros perdus pour rénover des chars et les rendre trop petits : de nombreux médias français (et belges) ont relayé, ces derniers jours, cette information obtenue par la Vlaamse Radio- en Televisieomroeporganisatie (VRT Nieuws) en la présentant comme « une authentique blague belge ».
Ce qu’on peut lire
« L’armée dépense 31 millions d’euros pour rénover ses chars… qui sont désormais trop petits pour les soldats », titrait Le Parisien.
« L’armée modernise ses chars et les rend inaccessibles aux soldats de plus de 1,70 m », pour Le Figaro.
Ces affirmations présentées parfois de manière ironique méritent plusieurs éclaircissements et précisions techniques. Car l’histoire est en réalité plus compliquée que cela. Explications.
POURQUOI IL FAUT NUANCER
De quoi parle-t-on ?
Au milieu des années 1990, la Belgique a acheté des véhicules blindés, de type Pandur. Ce ne sont pas des chars, mais des véhicules de transport de troupe consacrés à la reconnaissance du terrain. Acquis en 1996, ils ont connu une première transformation en 2005 puis en 2013, afin de renforcer leur blindage et la protection contre les mines.
Le dernier programme de rénovation entrepris par l’armée belge concernant les Pandurs − a été entrepris en 2015. Appelée « midlife update » (MLU) cette modernisation est réalisée par le constructeur suisse Mowag et vise à effectuer de nombreuses modifications, sur le blindage mais aussi la climatisation, la transmission et la motorisation.
Problème, ces rénovations rendent les véhicules peu pratiques avec des « lacunes en matière de sécurité », comme l’ont révélé les journalistes de la VRT Nieuws le 17 décembre. « Ces options supplémentaires rendent désormais l’habitacle fort exigu » avec une solution qui « aurait été de sélectionner uniquement des militaires de moins de 1,70 mètre comme chauffeurs et tireurs ».
Ce sont ces documents internes révélés par VRT Nieuws qui ont été commentés et qui ont provoqué une polémique chez nos voisins. Pour certains observateurs, cette fuite de documents tient de la manœuvre politique. Plusieurs députés belges ont demandé que l’ancien ministre de la défense, Steven Vandeput, à l’origine du programme de rénovation, soit auditionné. Selon le député Wouter De Vriendt (parti écologiste Groen), cité par le média 7 sur 7, « il s’agit d’un fiasco ».
La modernisation n’est pas terminée
Face au tollé, le ministère de la défense belge est monté au créneau. « Dire que ce véhicule-là est le véhicule que l’on va mettre en opération, ça n’a pas de sens. Il ne sera prêt qu’une fois qu’il aura subi l’ensemble des modifications », a expliqué l’amiral Yves Dupont, lors d’une interview à la RTBF. En effet, un certain nombre d’étapes intermédiaires doivent se poursuivre jusqu’en 2023, alors que le remplacement définitif de ces véhicules est envisagé pour 2035.
Comme pour une partie du matériel militaire sophistiqué, le processus d’évolution est comparable à celui de prototypes, avec des séries de tests et de corrections. « L’ergonomie du véhicule a été évaluée sur un modèle qui n’était pas fini », justifie un document de l’armée présenté lors d’une conférence de presse le 18 décembre, afin de répondre à la polémique.
Les 31 millions couvrent l’ensemble du programme
La somme est rondelette, mais ces millions n’ont pas été dépensés dans leur totalité. Interrogé en commission de la défense, Philippe Goffin, le nouveau ministre des affaires étrangère et de la défense, a précisé les montants des dépenses : 8 millions d’euros pour la protection balistique et le blindage, 15 millions d’euros pour les moteurs et la transmission, 7 millions d’euros pour la plate-forme d’observation et de reconnaissance, et 1 million pour l’installation du filet de protection antiroquettes.
Cet investissement représente donc bien 31 millions d’euros pour l’ensemble des aménagements réalisés entre 2015 et 2020. Moins de 2 millions ont été dépensés à ce stade, affirme l’armée, qui a précisé qu’aucun des sept véhicules livrés (sur les 44 attendus) n’étant finalisé, des garanties avaient été demandées auprès des différents constructeurs.
Er zijn vandaag 7 van de 44 voertuigen geleverd. Geen enkel voertuig is in zijn final endstate. Er zijn beroepen o… https://t.co/egwOUBy9mI
Ce qui semble probable, en revanche, selon des experts du sujet, c’est un retard d’au moins un an sur l’engagement de ces véhicules au Mali, qui était prévu en 2021.
Une polémique amplifiée sur la taille des soldats
« Les soldats qui devront rentrer dans ces véhicules devront avoir un gabarit un peu particulier : pas plus d’un mètre septante », a confirmé M. Goffin à RTL Belgique, tout en précisant « qu’il y a d’autres engins de l’armée qui requièrent des gabarits particuliers », notamment des blindés ancienne génération.
« Dans toutes les armées européennes, ce n’est pas du tout exceptionnel, on demande effectivement aux pilotes de blindés, aux chefs de pièces, aux chargeurs éventuellement, d’être relativement petits par rapport aux standards européens contemporains, simplement parce que la plupart des véhicules blindés sont relativement compacts », détaille le politologue spécialisé en stratégie militaire Joseph Henrotin, interrogé par la RTBF.
[ad_2]
Source link
Have something to say? Leave a comment: