L’Argentine s’émeut face à un rugby élitiste et xénophobe

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Le 28 novembre, les joueurs agentins sont arrivés sur la pelouse du stade de Newcastle (Australie) pour leur match face à la Nouvelle-Zélande avec un fin brassard noir au bras pour commémorer la mort de Maradona.Leurs adversaires, les All Blacks ont, eux, déposé un maillot de football noir siglé 10 (le numéro de Maradona

Les Pumas, la célèbre sélection argentine de rugby, sont sous le feu des critiques après que d’anciens tweets xénophobes, sexistes et classistes sont remontés à la surface. Trois joueurs sont concernés, parmi lesquels Pablo Matera : l’Union argentine de rugby lui a retiré son brassard de capitaine, et le jeune homme de 27 ans a également été convoqué par le Stade Français, où il joue depuis 2019. La direction du club va lui demander de donner des explications à son retour du Rugby Championship, qui se joue en ce moment en Australie.

« Belle matinée pour sortir faire un tour en voiture et écraser des noirs » ; « La haine envers les Boliviens, les Paraguayens, etc. vient de la fois où un cheveu de la bonne est tombé dans ton repas » ; « Qu’est-ce qu’une boniche enceinte de triplés ? Un kit de ménage »… Les tweets de Pablo Matera, Guido Petti et Santiago Socino, publiés entre 2011 et 2013 ont choqué l’opinion publique, et renforcé la perception d’un sport élitiste et xénophobe, pratiqué historiquement par des Argentins issus des classes sociales les plus aisées et qui se sentent supérieurs au reste de la société.

Les rugbymen ont eu beau présenter leurs excuses et supprimer leurs comptes Twitter, le mal était fait. « C’est la première fois que la société répudie si massivement l’univers du rugby, qui était auparavant sacralisé en Argentine », estime Diego Murzi, sociologue spécialiste du sport, chercheur au Conseil national de la recherche scientifique et technique.

« Un sentiment de toute-puissance »

Une réputation déjà mise à mal après le meurtre sordide de Fernando Baez Sosa. En janvier 2020, le jeune homme de 19 ans a été roué de coups à la sortie d’une boîte de nuit à Villa Gesell (station balnéaire de la province de Buenos Aires) par une équipe de rugbymen qui l’ont traité de « noir de merde ».

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Mi-novembre, le parquet a demandé l’ouverture d’un procès pour juger les huit meurtriers présumés du jeune homme, qui pourraient écoper d’au moins 15 ans de prison. « Les rugbymen ont un sentiment de toute-puissance, qui vient non seulement de leur classe sociale, de leur argent, mais aussi de leur corps massif », juge Diego Murzi.

« Tout comme les tweets racistes des Pumas, le meurtre de Fernando Baez Sosa répond, à un degré évidemment bien plus grave, aux mêmes logiques racistes et anti-populaires qui se reproduisent dans le milieu du rugby », dénonce le sociologue. Il établit une distinction entre le rugby et le football, sport immensément populaire en Argentine où les codes machistes s’appliquent tout autant que dans le rugby, mais où le racisme et le classisme sont moins répandus.

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