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C’était le 12 mars : notre dernière poignée de main. Franche et appuyée : presque trop. Comme pour un adieu. Ce jour-là, le coronavirus débarque au Brésil et Paulo Skaf, président de la Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp), nous reçoit dans ses bureaux, souriant mais inquiet. « Ça va tanguer, frissonne-t-il. On va passer par un moment imprévisible et délicat. Il ne reste plus qu’à prier… »
Des crises économiques, cet homme en a pourtant vu d’autres. Indéboulonnable patron de la Fiesp depuis 2004, « Skaf » est un escogriffe de 64 ans, au long nez aquilin et au plumage brun, déjà bien dégarni, dominant sa mégapole tel un aigle depuis son nid, perché au 14e étage du siège de l’institution : pyramide maya de béton et de verre, posée sur la Paulista, cette 5e avenue du Brésil, où s’alignent banques, musées et lieux de pouvoir.
Des airs de Berlusconi tropical
Il n’en fallait pas moins pour accueillir le « patron des patrons » de l’Etat de Sao Paulo. Ce quasi-vice-ministre de l’économie en son pays représente les intérêts de 130 000 industries et 131 syndicats d’une région, poumon économique de l’Amérique latine, peuplée comme l’Argentine, riche comme l’Irlande ou Israël, générant à elle seule le tiers du PIB et de la production industrielle du Brésil.
En cette mi-mars, la situation est grave, mais notre hôte donne le change. Séduire, c’est son truc à « Paulo ». Avec son sourire éclatant et ses implants capillaires, il a parfois des airs de Berlusconi tropical. Pour le journaliste français, on sort le grand jeu : tape dans le dos, chocolats, croissants, thé vert « spécial » au gingembre, maillot de sport en cadeau… parfois presque gênant à force de trop vouloir mettre à l’aise.
Le nouvel objectif de Skaf ? Il est en photo sur son bureau : Jair Bolsonaro, bien sûr, à qui le « patron » déploie depuis deux ans le tapis rouge et ouvre grand son carnet d’adresses. L’an dernier, le président l’a décoré du très officiel « ordre du mérite industriel » puis a créé à son attention un « conseil supérieur », rassemblant cinquante des plus grands patrons du pays. La Fiesp a reçu en 2019, à 40 occasions différentes, la visite de 10 ministres et de 14 secrétaires d’Etat, devenant, selon les critiques, une véritable « base avancée » de l’extrême droite à Sao Paulo.
« Cette maison appuie le gouvernement car son agenda est le nôtre ! Notre vision du monde est libérale et le mot-clé c’est l’adaptation », assume le « patron des patrons », qui dit avoir « de très bons rapports institutionnels, mais pas intimes » avec le président d’extrême droite. « Paulo Skaf a déjà obtenu un emploi dans mon gouvernement : celui de porte-parole ! », est de son côté allé jusqu’à féliciter un Bolsonaro reconnaissant, au mois de février.
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