L’Allemagne face au dilemme de la guerre commerciale entre Chine et Etats-Unis

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Chronique. La scène remonte à il y a maintenant sept ans, au lundi 3 février 2014. Elle en dit plus long sur l’importance de la Chine pour l’Allemagne que bien des discours. Un mois plus tôt, une chute en ski de fond avait contraint Angela Merkel à alléger son emploi du temps. La chancelière allemande ne se déplace alors qu’avec des béquilles et annule la quasi-totalité de ses rendez-vous.

Pourtant, ce 3 février, Angela Merkel tient à se rendre, clopin-clopant, au siège du patronat industriel allemand, le BDI, pour participer à une cérémonie très modeste – quelques dizaines de personnes tout au plus – mais manifestement importante à ses yeux : le changement de président de la commission Asie-Pacifique de l’organisation patronale.

On imagine mal Emmanuel Macron honorer de sa présence une passation des pouvoirs à la tête de la commission Chine du Medef : sait-il seulement qui la préside ? En Allemagne, c’est l’absence de la chancelière qui aurait semblé incongrue. A l’époque, la Chine était le troisième partenaire commercial du pays, derrière la France et les Pays-Bas, alors qu’elle ne figurait qu’au sixième rang cinq ans auparavant. Et, depuis 2016, elle a conquis la première place…

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Qu’Angela Merkel ait pesé de tout son poids politique ces dernières semaines pour boucler le 31 décembre 2020, sous présidence allemande, un accord sur les investissements négocié depuis 2013 entre l’Union européenne et la Chine n’a donc rien d’étonnant. Pour les entreprises industrielles allemandes, la « dissociation économique » entre les Etats-Unis – qui restent leur premier client – et la Chine est un cauchemar. En témoigne le Decoupling Report publié jeudi 14 janvier par la chambre de commerce européenne en Chine, présidée par l’Allemand Jörg Wuttke, et l’Institut Merics, le plus grand centre de recherche européen consacré à la Chine, implanté à Berlin.

Chacun construit sa propre muraille

Si l’on associe souvent la dissociation aux premières mesures prises par l’administration Trump contre les importations chinoises en 2018, ce rapport montre « qu’en réalité, le “decoupling” est une tendance de beaucoup plus long terme qui remonte aux premiers jours de l’ouverture et de la réforme en Chine. A travers l’accès au marché et d’autres barrières, la Chine gère depuis longtemps son interdépendance avec l’économie mondiale d’une façon extrêmement stratégique et précise : en s’associant de manière sélective lorsqu’elle a besoin de technologies étrangères ou de concurrence, comme ce fut le cas respectivement avec le train à grande vitesse et le secteur financier – et continuant de faire cavalier seul dans des secteurs réservés à ses champions nationaux, qui sont souvent des entreprises publiques ».

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