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C’est un moment qui marquera l’histoire de l’Afghanistan, sans que l’on puisse dire si c’est pour le meilleur ou pour le pire. Les deux principaux acteurs d’une guerre afghane qui dure depuis depuis dix-huit ans, Américains et talibans, ont signé, samedi 29 février, à Doha (Qatar), un accord ouvrant, dans les quatorze prochains mois, la voie au retrait total de toutes les forces étrangères, dont celles des Etats-Unis, du pays. Cet accord acte le lancement, le 10 mars, d’une négociation de paix interafghane garantissant l’arrêt permanent des combats. De mémoire de diplomate, c’est l’un des rares cas où une grande puissance conclut un tel accord avec une partie qui n’est pas un Etat mais un simple mouvement insurgé. Washington met ainsi fin au plus long conflit de son histoire.
Dans le même temps, comme en écho, à Kaboul, les gouvernements américain et afghan, par les voix du secrétaire américain à la défense, Mark Esper, et du président, Ashraf Ghani, ont présidé une déclaration conjointe réaffirmant l’engagement de Washington à soutenir les institutions afghanes. Une promesse que le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et de nombreux ambassadeurs occidentaux, également présents, ont pris à leur compte. Une façon aussi d’inviter les talibans à ne pas crier victoire trop tôt. Cette déclaration commune vise enfin à contraindre les autorités de Kaboul à respecter les grandes lignes fixées par l’accord de paix américano-taliban.
La cérémonie de signature de Doha est d’abord le fruit d’une « réduction de violence » observée, en Afghanistan, pendant sept jours, conformément aux engagements pris, le 22 février, par les deux parties en signe de bonne volonté. Une source sécuritaire afghane interrogée par Le Monde indique que pour la journée de vendredi 28 février, le nombre d’attaques talibanes a chuté de 70 en moyenne auparavant à 4. Ce calme inédit en Afghanistan a été notable. Selon les Nations unies, qui disposent de personnel dans tout le pays, la population est sortie le soir et n’a pas caché sa joie. Elle a pu accéder à des zones jugées jusque là dangereuses. Les grands axes routiers qui traversent le pays ont été libérés des barrages talibans. De quoi susciter un large espoir sans pour autant lever toutes les craintes.
« Un accord conditionné », insistent les Américains
L’accord signé à Doha, en présence d’une trentaine de représentants étrangers – quelques ministres des affaires étrangères, dont celui du Pakistan, des envoyés spéciaux pour l’Afghanistan et des ambassadeurs – demeure en grande partie secret. Signé par Zalmay Khalilzad, le chef de délégation américaine chargée de le négocier, sous le regard du secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, et du mollah Baradar, co-fondateur du mouvement taliban, entouré de dignitaires, il comporte des annexes confidentielles. Elles portent, notamment, sur les modalités de départ des troupes américaines et les termes d’une coopération en matière de sécurité et de lutte anti-terroriste.
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