La visite d’un officiel tchèque à Taipei illustre l’échec de Pékin en Europe centrale

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Le président du Sénat tchèque, Milos Vystrcil, en visite officielle à Taipei,  le 1er septembre.

Cette visite symbolise le revers de Pékin dans son opération séduction en Europe centrale. Se posant en digne héritier de Vaclav Havel, l’ancien président tchèque symbole de la lutte contre le communisme, le président du Sénat tchèque, Milos Vystrcil, effectue, du 30 août au 4 septembre, un déplacement de six jours à Taïwan, cette île de 23 millions d’habitants que Pékin considère comme une « partie indivisible de la Chine » et sur laquelle quasi aucun responsable politique européen n’ose d’habitude mettre le pied, de peur de froisser Pékin.

Lundi 31 août, M. Vystrcil a prononcé un discours devant les étudiants de l’université nationale de Taïwan, là même où Vaclav Havel s’était exprimé en 2004. Mardi 1er septembre au matin, il s’est exprimé devant le Parlement de Taïwan. « Je suis un Taïwanais », a déclaré en tchèque et en chinois M. Vystrcil, faisant explicitement référence à la phrase prononcée par le président Kennedy à Berlin en 1963 : « Ich bin ein Berliner », considérée comme un important message en faveur de la liberté et contre le communisme. Hasard du calendrier diplomatique, Wang Yi, ministre des affaires étrangères chinois en tournée au même moment en Europe, a qualifié cette visite de « provocation » et a déclaré que M. Vystrcil devrait « payer au prix fort son comportement à courte vue et ses spéculations politiques ».

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Une réaction violente qui a permis de réaliser l’unanimité en République tchèque autour d’une visite qui n’était pas évidente au départ. Ni le gouvernement du premier ministre, Andrej Babis, ni surtout le président, Milos Zeman, un souverainiste connu pour ses positions prorusses et prochinoises, ne l’avaient soutenu, estimant qu’elle pourrait abîmer les relations avec Pékin. Mais Milos Vystrcil, un pro-occidental membre de l’opposition de droite, est passé outre, aux côtés d’une délégation constituée d’autres sénateurs d’opposition et indépendants, ainsi que du maire de Prague, Zdenek Hrib, un élu du Parti pirate, lui aussi connu pour ses positions antichinoises et également membre de l’opposition.

Revirement

Dans un pays qui ne cesse de se diviser entre souverainistes prorusses ou prochinois et pro-occidentaux, « les opposants de M. Zeman utilisent cette visite comme un symbole, d’autant qu’ils n’ont pas grand-chose à perdre car être antichinois est assez peu risqué », estime Ivana Karaskova, chercheuse spécialiste de la Chine à l’Association tchèque pour les affaires internationales. Le ministre des affaires étrangères tchèque a ainsi soutenu ces élus de l’opposition sans hésiter en estimant que les propos de M. Wang « ont dépassé les limites » et ne « sont pas compatibles avec les relations entre deux Etats souverains ». L’ambassadeur chinois à Prague a été convoqué au ministère des affaires étrangères.

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