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Tribune. Construite sur les décombres d’une église orthodoxe par l’empereur byzantin Justinien au VIe siècle et transformée en mosquée par Mehmed II que nous appelons « le Conquérant » en 1453, Sainte-Sophie était depuis 1934 un musée, mais pas n’importe lequel. Considéré comme Patrimoine mondial de l’humanité par Unesco, il était surtout un monument emblématique de la ville d’Istanbul, car le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, avait voulu faire de ce lieu de culte un symbole : celui de la jeune république laïque.
En 2020, un président islamo-conservateur, M. Erdogan en l’occurrence, vient de décider, pour plaire à son électorat musulman, de mettre un terme à ce statut et de transformer le musée en lieu de culte. Désormais Sainte-Sophie sera rouverte à la prière des croyants, alors que ce même président avait déclaré, il y a à peine un an, qu’avant de faire cela, il fallait remplir la Mosquée bleue d’en face pour la prière du vendredi.
A partir du 24 juillet, la lumière du jour pénétrant des fenêtres alignées sur le pourtour de la grande coupole qui donne le vertige ne frappera plus le visage du Christ pantocrator dont les regards fixent les visiteurs, ni l’archange prêt à s’envoler en déployant ses énormes ailes. Le manteau de couleur lapis-lazuli de la Sainte Vierge ne se reflétera plus dans les colonnes de porphyre et dans les sombres corridors dont même le patriarche ignore le nombre exact.
La Turquie s’éloigne de la laïcité
Car comme cela a déjà été fait pour une église byzantine transformée en mosquée à Trabzon, le gouvernement islamo-conservateur va installer sur les mosaïques de Sainte-Sophie des paravents pour les cacher des regards indiscrets. Il existe plusieurs légendes autour de ce monument historique qui fut, durant toute son histoire, un sujet de controverses, dont celle-ci : Il y eut un séisme la nuit où le prophète Mahomet est né. Les mers débordèrent, les montagnes marchèrent et les idoles furent réduites en poussière dans les sanctuaires détruits.
La coupole de Sainte-Sophie elle aussi s’effondra dans un grand vacarme et personne, y compris l’empereur, n’eut le pouvoir de la remettre en place. Sur ces entrefaites, trois cents moines se rendirent à La Mecque, recueillirent la salive de l’enfant Mahomet, rapportèrent également à Istanbul l’image de sa sainte main peinte sur une peau de gazelle humectée par l’eau de Zamzam, puis mêlèrent la salive au mortier de Sainte-Sophie avant de pouvoir remettre la coupole en place.
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