la tenue du Mondial en Biélorussie en suspens

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René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace (à droite), a été chaleureusement accueilli, lundi 11 janvier, par Alexandre Loukachenko, dirigeant de la Biélorussie depuis vingt-six ans.

C’est une image qui a mis le feu aux poudres. Une franche accolade entre René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), et Alexandre Loukachenko, dirigeant de la Biélorussie depuis vingt-six ans. La vidéo, prise lundi 11 janvier, lors de l’arrivée du Suisse à Minsk pour discuter de l’organisation du prochain championnat du monde, prévu dans la capitale du 21 mai au 6 juin, a provoqué un tollé international.

Pas tant pour les embrassades qui, en temps de pandémie, ne sont guère plus conseillées lors des visites officielles. Mais en raison de la répression que mène Alexandre Loukachenko depuis plusieurs mois. Ce dernier fait face à un important mouvement de contestation depuis le 9 août 2020 et sa réélection entachée de fraudes, avec 80,1 % des voix. Le régime, qui refuse d’engager un dialogue avec l’opposition, a opté pour une réponse brutale : des centaines de personnes ont été torturées et des milliers détenues dans les prisons.

Face à l’indignation provoquée par la vidéo, l’IIHF a d’abord diffusé, mercredi 13 janvier, une interview de M. Fasel afin de justifier sa visite. Il y assure que « le gouvernement biélorusse a accepté d’ouvrir un dialogue constructif avec l’opposition pour sortir le championnat mondial de hockey de son cadre politique et pour profiter du sport comme d’un moyen de rassembler les gens. »

Cette déclaration a été, plus ou moins, contredite par le président biélorusse, qui, après avoir prévenu que les pourparlers seraient « limités », a déclaré que « nous sommes prêts à discuter avec des gens honnêtes, dont l’opposition, mais pas avec des traîtres ».

Le lendemain, lors d’une interview au quotidien suisse Le Temps, M. Fasel a finalement admis qu’il devient « très difficile », d’organiser les championnats à Minsk dans la situation actuelle. Le président de l’IIHF a également laissé entendre qu’une solution alternative serait étudiée et qu’une décision définitive serait prise « d’ici cinq à dix jours ». Contacté par Le Monde, M. Fasel n’a pas répondu à la demande d’interview.

Campagne de boycottage menée sur Internet et à Minsk

La tenue du championnat du monde est un sujet particulièrement sensible. Alexandre Loukachenko souhaite afficher une normalité de façade et accueillir l’événement. Face à lui, Svetlana Tikhanovskaïa, la figure principale du Conseil de coordination de l’opposition – dont les membres sont assignés à résidence, incarcérés ou exilés à l’étranger – milite pour une annulation pure et simple.

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Une campagne de boycottage du championnat est menée sur Internet et à Minsk par des sportifs biélorusses de haut niveau. Elle a été organisée par la Belarusian Sport Solidarity Foundation (ou BSSF, pour Fondation biélorusse de solidarité sportive, en français), une initiative créée en septembre pour soutenir les athlètes.

« L’organisation du championnat n’est pas réalisable dans un pays où les droits humains ont été violés », assène Alexander Apeikin, ex-joueur de handball, directeur du BSSF. « Plus de 1 200 athlètes et représentants de communautés sportives ont signé une lettre ouverte adressée aux autorités pour demander l’arrêt des violences », rapporte l’homme, exilé, comme d’autres sportifs, depuis plusieurs mois, à Kiev.

« La campagne de BSSF est particulièrement importante en Biélorussie alors que Loukachenko a toujours utilisé le domaine des sports pour accroître sa popularité, considère Franak Viacorka, conseiller de la figure principale de l’opposition. Ici, dans le bureau de Svetlana Tikhanovskaïa, nous en parlons avec des ministères des affaires étrangères, avec des présidents, avec des gouvernements, avec des Parlements… »

Le patron du hockey biélorusse soupçonné dans la mort d’un artiste

Un autre levier a consisté à transmettre plusieurs preuves de l’implication du président de la Fédération biélorusse de hockey, Dmitri Baskov, dans la mort de Roman Bandarenko. Un dossier particulièrement gênant pour M. Fasel, pris en photo avec M. Baskov lors de sa visite à Minsk.

La disparition de Roman Bandarenko, un artiste de 31 ans tabassé à mort le 11 novembre après avoir été arrêté alors qu’il tentait d’empêcher des hommes en civil de dégrader des ornements révolutionnaires dans son quartier, a choqué les Biélorusses. Surtout, selon certains médias d’investigation, ses bourreaux pourraient faire partie du clan intime de M. Loukachenko.

Dmitri Baskov est l’entraîneur du fils du président. Il aurait participé à un « raid » punitif, organisé avec Dmitry Shatuka, un kickboxeur plusieurs fois champion du monde en muay-thaï, également formateur des forces spéciales biélorusses. Les deux hommes pratiquent le hockey ensemble, dans la même équipe, « bastion ».

C’est Dmitry Shatuka, selon les médias d’investigation, qui apparaîtrait en train de battre l’artiste sur les vidéos prises par les habitants du quartier. Il serait reconnaissable à un pull gris appartenant à sa salle de sport.

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Les promesses de Loukachenko

Comme pour tous les autres cas de violences sur des manifestants depuis le début du mouvement de contestation, aucune enquête criminelle n’a été ouverte sur la mort de Roman Bandarenko. A la place, « ils ont écouté les appels téléphoniques de la famille de Roman et enquêté sur les membres de sa famille », explique Vadim Mojeiko, analyste du Belarusian Institue for Strategic Studies (ou BISS, pour Institut biélorusse d’études stratégiques, en français)

La déclaration officielle des autorités sur cette mort s’est résumée à expliquer que Roman Bandarenko était agressif et ivre. Ce qu’ont démenti un journaliste et une médecin, arrêtés par la suite par le régime.

A son retour de Minsk, M. Fasel a expliqué que M. Loukachenko lui avait promis de présenter les éléments de l’enquête sur la mort de Roman Bandarenko. Mais peu croient en la véracité des preuves qui seront présentées.

« Loukachenko sait que s’il ouvre une enquête sur quelqu’un de la police ou sur un de ses proches, les membres des forces de sécurité comprendront que c’est dangereux de le protéger. C’est pour cela que les gens meurent, qu’il y a des cas de tortures dans les prisons et que les autorités n’ont pas ouvert une seule enquête », considère Vadim Mojeiko.

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