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La revue des revues. Le diplomate se doit aujourd’hui d’être un mutant. La revue semestrielle d’anthropologie et de sciences humaines Terrain vient nous le rappeler brillamment dans son dernier numéro. L’émergence des puissances non occidentales, la revanche du Sud et l’entrée en lice d’acteurs non étatiques – les ONG mais aussi les multinationales, les plates-formes du Web, les institutions locales – ont changé la donne. D’où le vague à l’âme des ambassadeurs qui voient se fissurer nombre des piliers fondant les relations internationales depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
« La quasi-mort de l’ONU intervient précisément au moment où l’idée de planète – à la fois territoire, ressource et communauté morale – s’impose et exige des humains qu’ils s’entendent entre eux et réforment leur rapport au vivant », soulignent Emmanuel de Vienne et Chloe Nahum-Claudel dans l’article d’ouverture de ce numéro consacré à l’action diplomatique prise au sens large. L’un et l’autre ont longuement travaillé sur l’Amazonie. Etre diplomate, c’est savoir établir un certain rapport à l’altérité en privilégiant l’écoute et la médiation sur le conflit.
Cette approche tranche avec celle des spécialistes des relations internationales ou des politistes. Elle est dans l’esprit de cette revue d’anthropologie créée en 1983 par Christine Langlois avec Isac Chiva, bras droit de Claude Lévi-Strauss, avec l’aide du ministère de la culture. Depuis 2015, l’association Terrain a repris le flambeau avec le soutien du CNRS, afin de porter sur les sociétés contemporaines un regard singulier nourri par l’ethnographie et l’ouverture aux autres sciences humaines et sociales.
Rejet des codes de l’Etat
Le décalage est stimulant. Dans un entretien, Yves Saint-Geours, ancien ambassadeur notamment au Brésil et en Espagne, estime que la crise actuelle de la diplomatie est en premier lieu celle du multilatéralisme. « Aujourd’hui reviennent les Etats-nations, les souverainetés nationales, la force, la puissance », estime-t-il, soulignant que même si leur métier change, les diplomates ont donc encore de beaux jours devant eux.
Des crises internes comme celle des « gilets jaunes » en France, la montée en puissance d’Etats voyou ou les relations avec des peuples premiers posent néanmoins des défis inédits. « Les Etats se trouvent confrontés à des groupes qui contestent le principe même de la négociation, se refusant de parler d’une seule voix et opposant à ses émissaires la violence ou l’indifférence », relève l’ethnologue Charles Stépanoff, s’interrogeant : « Une vie sans diplomate est-elle possible ? » Il se nourrit notamment de son expérience avec les peuples autochtones du Nord et de l’Extrême-Orient russe. S’ils rejettent les codes de l’Etat, ces derniers instaurent un modus vivendi avec le vivant, éthique plus que politique, une forme de diplomatie basée sur la « cosmopolitesse », selon le mot du philosophe Baptiste Morizot, autre auteur de ce numéro.
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