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Tribune. Relire Alexis de Tocqueville (1805-1859) à la veille de l’élection présidentielle américaine, c’est constater l’avènement de la tyrannie de la polarisation en Amérique. Pour l’auteur de De la démocratie en Amérique, le péril démocratique américain reposerait sur la tyrannie de la majorité, c’est-à-dire la possibilité pour la majorité de s’approprier les institutions afin de restreindre les garanties libérales que prévoit la Constitution.
Les institutions démocratiques américaines sont fondées sur l’idée libérale des checks and balances, où le pouvoir arrête le pouvoir. Elles sont aussi organisées pour que puisse se dégager un consensus : c’est le modèle mis en œuvre par le collège électoral, l’équilibre entre la Chambre des représentants et le Sénat, le principe de confirmation des nominations présidentielles par le Sénat ou même, symboliquement, par le discours sur l’état de l’Union.
Or, dans une société polarisée, les mécanismes de contre-pouvoirs peuvent desservir l’unité nationale, car cette polarisation rend possible leur détournement au profit d’une paralysie du système que certains utilisent afin de s’opposer à tout compromis qu’exige normalement l’élaboration des politiques publiques. La polarisation institutionnelle et partisane qui se joue très souvent à Washington peut paraître très abstraite, mais elle est pourtant très concrète.
La polarisation module les équilibres politiques
Depuis de nombreuses années, les grandes législations de société, comme l’Obamacare ou les plans de soutien économique (crise de 2008, aujourd’hui la crise sanitaire), sont sujettes à une opposition partisane, sans aucune capacité de compromis. En réduisant les capacités d’action de l’Etat, la polarisation favorise ainsi la concentration de forces politiques en marge des institutions américaines, alors qu’en démocratie la joute politique devrait se faire dans un cadre constitutionnel et organisé.
Aujourd’hui, c’est le « plus grand danger des républiques », pour reprendre la formule de Tocqueville. La polarisation module aussi les équilibres politiques. Elle permet à des acteurs politiques d’exister dans le débat avec des positionnements clivants. Déterminés et souvent dans l’ombre, ceux-ci sont prêts à tout pour faire avancer leur agenda. Ils sont persuadés que le moment de leur projet de société arrivera.
Le développement en seulement quelques années du Tea Party est l’illustration même d’une profonde transformation partisane (au sein du Parti républicain), politique (avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche) et sociétale. L’histoire américaine est marquée par de nombreuses périodes de profondes divisions (guerre de l’Indépendance, esclavagisme, guerre civile, ségrégation raciale), mais la polarisation actuelle étonne à l’ère de l’interconnexion entre les citoyens.
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