« La plus grande menace pour notre démocratie vient du terrorisme d’extrême droite »

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Le chef du Parti vert allemand, Robert Habeck, lors de la conférence des délégués à Bielefeld (Allemagne), le 16 novembre 2019.
Le chef du Parti vert allemand, Robert Habeck, lors de la conférence des délégués à Bielefeld (Allemagne), le 16 novembre 2019. LEON KUEGELER / REUTERS

Robert Habeck, 50 ans, est coprésident des Verts allemands, au côté d’Annalena Baerbock. Tous deux sont issus de l’aile « réaliste » de la formation. Philosophe de formation et écrivain, c’est une des personnalités politiques les plus populaires d’Allemagne dans la perspective des prochaines législatives, prévues à l’automne 2021.

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L’hebdomadaire « Die Zeit » a révélé que vous étiez sur la liste des cibles du « Groupe S », cette cellule terroriste d’extrême droite qui préparait des attentats contre des mosquées et dont douze membres ont été arrêtés le 14 février. Qu’en est-il ?

L’Office fédéral de la police criminelle (BKA) m’en a informé il y a quelque temps. Mais il y a beaucoup de gens – des responsables politiques, en particulier des élus locaux, des bénévoles, des journalistes, des juifs allemands, des musulmans, et des Allemands issus de l’immigration – qui sont menacés par l’extrême droite et vivent aujourd’hui la peur au ventre.

Et surtout, il y a eu trois terribles attentats en moins d’un an en Allemagne : l’assassinat de Walter Lübcke [élu de la démocratie-chrétienne, CDU] et les attaques de Halle et d’Hanau.

Cette menace du terrorisme d’extrême droite a-t-elle été sous-estimée en Allemagne ?

Oui, clairement. Aujourd’hui, le ministère de l’intérieur et l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), le service chargé du renseignement intérieur, reconnaissent la gravité de la menace. Mais souvenons-nous que, jusqu’à la fin de 2018, le BfV était présidé par Hans-Georg Maassen, un homme qui ne s’intéresse qu’à la menace islamiste et qui fait aujourd’hui campagne pour des candidats ultraconservateurs.

Le résultat, c’est que parmi les gens identifiés comme « dangereux » par le BfV, c’est-à-dire susceptibles de commettre des attentats, il y a aujourd’hui 660 islamistes et 60 radicaux d’extrême droite. Ce chiffre de 60 est ridiculement bas. Il ne s’explique que parce que les autorités ont trop longtemps ignoré le problème.

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Pourquoi ?

Il y a dans notre société un racisme latent, qui conduit à ne pas regarder en face les actes et les propos antisémites ou antimusulmans. Souvenez-vous de la série d’assassinats commis dans les années 2000 par [le groupuscule néonazi] NSU : on parlait à l’époque des « meurtres des kebabs » [Döner-Morde]. Rien que cette expression est raciste : si les cibles avaient été des pharmaciens blancs, je ne suis pas sûr qu’on aurait parlé des « meurtres des pharmacies ».

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