La partie de Candy Crush qui secoue la politique allemande

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Le ministre-président du Land de Thuringe Bodo Ramelow à Berlin le 12 mars 2020.

LETTRE DE BERLIN

Sur les réseaux sociaux, c’est bien connu, le moindre faux pas peut vite tourner au scandale. Bodo Ramelow vient d’en faire l’expérience. Ministre-président du Land de Thuringe, dans l’est de l’Allemagne, cet élu de 64 ans est l’un des dirigeants politiques du pays les plus actifs sur Twitter. Cela aurait pu l’aider à réussir ses débuts sur Clubhouse, cette plate-forme lancée en mars 2020 sur iOS (le système d’exploitation mobile d’Apple), où les utilisateurs peuvent converser oralement dans des salles de discussion virtuelles (« chat rooms »). C’est peu de dire que tel n’a pas été le cas.

Vendredi 22 janvier. Quelques jeunes gens ouvrent une « chat room » sur Clubhouse. Ils la baptisent « Trash und Feuilleton », ce qu’on pourrait traduire en français par « café du commerce ». Assez rapidement, le cercle des participants s’élargit : cinquante, cent, bientôt plus d’un millier de personnes, dont une poignée de journalistes et même quelques poids lourds politiques.

Parmi eux, la sociale-démocrate Manuela Schwesig (SPD), ministre-présidente du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l’ancien leader des Jusos (« Jeunes socialistes ») Kevin Kühnert, aujourd’hui vice-président du SPD, et le fameux Bodo Ramelow, seul chef d’un exécutif régional membre du parti de gauche Die Linke.

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A bâtons rompus, la conversation glisse d’un sujet à un autre. A un moment, il est question d’une mannequin célèbre et de son mari musicien ; un peu plus tard, de vieux films produits à l’époque de la République démocratique allemande (RDA)…

Une petite bombe

Bref, rien de particulièrement notable, jusqu’à ce que Kevin Kühnert évoque une anecdote relatée par le Spiegel : pendant les visioconférences réunissant une à deux fois par mois la chancelière, Angela Merkel, et les dirigeants des Länder pour caler les mesures de lutte contre le Covid-19, l’un des participants jouerait assidûment à Candy Crush sur son smartphone. Bodo Ramelow confirme : c’est bien lui, confie-t-il, précisant même que ces réunions interminables avec la « petite Merkel » (« Merkelchen ») lui ont permis de faire beaucoup de progrès à ce jeu d’assemblage de bonbons virtuels.

Ce vendredi soir, Bodo Ramelow n’imagine pas qu’il a lâché une petite bombe. C’est seulement le lendemain qu’il en prend conscience. Rapportés sur Twitter, ses propos suscitent une avalanche de commentaires indignés.

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Sur son site, le quotidien conservateur Die Welt s’insurge : comment un dirigeant politique de premier plan peut-il jouer avec son smartphone lors de réunions au sommet avec la chancelière, pendant lesquelles « on discute de suspendre les droits fondamentaux des citoyens » ? « Si un élu conservateur s’exprimait de la sorte, la suite de sa carrière serait compromise », va jusqu’à affirmer Die Welt.

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