La Nouvelle-Orléans dans l’œil du cyclone

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FILE PHOTO: A view of Bourbon Street amid the outbreak of the coronavirus disease (COVID-19), in New Orleans, Louisiana, U.S. March 25, 2020. REUTERS/Jonathan Bachman/File Photo

JONATHAN BACHMAN / REUTERS

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Publié aujourd’hui à 05h45

Le 25 février, l’heure était encore à la dérision et aux rires dans les rues de La Nouvelle-Orléans (Louisiane). Des fêtards déguisés en virus baguenaudaient dans les rues envahies par les défilés du carnaval de Mardi gras. Des plaisantins en combinaison de protection distribuaient de faux vaccins ; d’autres, grimés en improbable bouteille de bière de la marque Corona, mettaient les rieurs de leur côté. Visionnaires ou trompe-la-mort, tous se jouaient d’un danger qui, aux Etats-Unis, n’en était pas encore un. Il faudra attendre le 11 mars pour que le président Donald Trump évoque les premières mesures de distanciation sociale, afin de lutter contre l’épidémie de Covid-19.

Moins de deux mois après ces joyeuses célébrations, le bruit des sirènes d’ambulance a remplacé les airs chaloupés des groupes de jazz et des fanfares colorées. Ces cris lancinants rompent trop souvent le silence qui s’est abattu sur les rues du Vieux Carré français, où, en février, avaient convergé près de 1 million de personnes venues de tout le pays et du monde entier. Aujourd’hui, les touristes ont disparu ; les musiciens de rue se sont tus. Le 23 mars, John Bel Edwards, le gouverneur démocrate de la Louisiane, a imposé un confinement strict à la population de l’Etat, comme celui de New York, de la Californie, du Connecticut, de l’Illinois et du New Jersey.

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Depuis qu’un premier malade a été détecté le 9 mars, la Louisiane connaît en effet l’un des taux d’infection les plus élevés du pays. Et La Nouvelle-Orléans, ville portuaire, touristique, accueillante, mais densément peuplée, est en passe de payer l’un des plus lourds tributs à la pandémie. Avec 16 200 cas et 582 morts enregistrés mardi 7 avril (dont près de 25 % ont moins de 60 ans) pour une population de 4,6 millions d’habitants, la Lousiane talonne New York. Dans deux comtés de l’Etat, le nombre de morts par habitant est même le plus élevé du pays. Ce triste record ne doit rien au hasard : alors que le virus faisait en silence son chemin dans les corps encore sains, le carnaval a laissé la maladie dans son sillage, touchant une population déjà fragilisée par des maladies chroniques, propices à la contamination.

Confinement rigoureux

« Toute l’énergie positive qui anime habituellement la ville s’est envolée », témoigne Susan Hassig, épidémiologiste, professeure à l’université Tulane, dont le bureau donne sur l’un des hôpitaux de La Nouvelle-Orléans. Dans une ville réputée pour sa culture latine et sa vie en société, à mille lieues de la réserve qu’impose désormais la distanciation sociale, l’enseignante est presque surprise de la rigueur avec laquelle la population suit les consignes de confinement. « Depuis la catastrophe de l’ouragan Katrina [en 2005] et sa mauvaise gestion par l’administration fédérale, on fait davantage confiance aux autorités locales qu’aux responsables nationaux. Enormément de gens sont au chômage, mais on ne les voit pas dans la rue. Dans les villes, la plupart des habitants connaissent un malade ou une victime du virus. Cela incite à prendre les choses au sérieux et à rester chez soi. »

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