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Il ne fallait pas se méprendre sur ses manières réservées et sa façon de parler d’une voix douce. Derrière son attitude modeste, John Hume, qui s’est éteint lundi 3 août à 83 ans, était un géant de la paix, un catholique nationaliste qui a travaillé inlassablement en Irlande du Nord à faire taire les armes pendant les quatre décennies de sa carrière politique.
« Il (était) le Martin Luther King du conflit irlandais », estimait l’ancien président américain Bill Clinton dans un récent documentaire. « Un titan de la politique et un visionnaire », a salué lundi Tony Blair, l’ancien premier ministre britannique, qui a fait partie des négociateurs de l’accord du Vendredi Saint de 1998. Pour avoir été l’un des principaux architectes de cet accord qui a mis fin aux violences en Irlande du Nord, M. Hume a reçu le prix Nobel de la paix la même année, conjointement à David Trimble, le leader protestant unioniste.
Refus des armes et de la violence
Né en 1937 à Bogside, un quartier pauvre et catholique de Derry (pour les catholiques, Londonderry pour les protestants et l’administration nord-irlandaise), M. Hume avait pourtant tout pour se révolter aux côtés des nationalistes irlandais qui ont mené la lutte armée. « La communauté dans laquelle j’ai grandi était la victime d’une profonde discrimination », témoignait-il en 2001. La population catholique, qui représente alors la vaste majorité de la population de Derry, et se définit comme irlandaise (par opposition aux protestants qui se considèrent britanniques) n’a pas le pouvoir sur la ville, à cause d’un système électoral profondément biaisé. Son père est au chômage, comme la plupart des habitants du Bogside, mais il inculque à son fils une profonde méfiance des symboles politiques. Un jour de manifestation où les drapeaux irlandais sont brandis, il lance au petit John, qui a 10 ans : « Mon fils, ne te mêle jamais de ça. Un drapeau, ça ne se mange pas. »
Toute sa vie, M. Hume sera donc mû par ces deux principes cardinaux : il mène campagne pour l’unité de l’Irlande, mais refuse les armes et la violence. « Les pistolets et les bombes ne font que diviser encore plus », répète-t-il partout.
M. Hume, aîné de sept enfants, obtient une bourse pour aller au lycée, puis une autre pour l’université, où il étudie le français et l’histoire. Il revient à Bogside convaincu qu’il doit aider sa communauté. Il ouvre une association pour construire des logements et se heurte à l’opposition de la mairie, qui craint de voir de nouveaux quartiers catholiques déstabiliser l’équilibre électoral. De quoi le précipiter dans les manifestations catholiques des années 1960 et devenir l’un des leaders du mouvement. Mais déjà, il refuse la vision purement identitaire. En 1970, il est le cofondateur du Social Democratic and Labour Party (SDLP), un parti catholique modéré qui met le développement social au cœur de son programme. « La revanche n’est pas une solution », martèle-t-il.
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