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Le mot est barbare, bien dans le style du sabir bruxellois : « taxonomie ». Il désigne la classification des activités économiques en fonction de leur empreinte écologique. Depuis des mois, une question divise l’Union européenne (UE) et nourrit la colère des écologistes : le nucléaire peut-il être considéré comme un investissement durable, au même titre que les énergies renouvelables ? Lobby contre lobby, Verts contre nucléocrates, la guerre fait rage à la veille de la publication, mercredi 21 avril, d’une première liste de technologies labellisées « vertes » par la Commission.
Deux lectures les opposent. Si l’on intègre l’usage de l’eau par les centrales et surtout les déchets radioactifs, le nucléaire doit être exclu, défendent les écologistes ; si l’on s’en tient au seul objectif de lutte pour le climat, il devient légitime puisqu’il n’émet que 12 grammes de CO2/Kwh sur son cycle de vie, le meilleur bilan carbone de toutes les énergies. « Les analyses n’ont pas révélé la moindre preuve scientifique qu’[elle] fasse plus de mal à la santé humaine ou à l’environnement que d’autres technologies de production d’électricité », vient de conclure un rapport d’experts de la Commission favorables à l’atome – et donc « biaisé », dénonce Greenpeace.
Bruxelles procrastine
Le dossier est monté jusqu’au sommet de l’Etat. Dans une lettre adressée mi-mars à la présidente de la Commission et cosignée par six chefs de gouvernement (Pologne, Hongrie…), Emmanuel Macron réclame à Ursula von der Leyen « des règles du jeu équitables pour l’énergie nucléaire, sans l’exclure des politiques et des avantages climatiques et énergétiques ». N’est-ce pas, par exemple, un moyen de produire de l’hydrogène décarboné en masse ? Paris voit plus loin : la reconnaissance de ces investissements vertueux pourrait entraîner un assouplissement en leur faveur des règles sur les aides d’Etat, voire sur la dette publique.
Le sujet est politiquement si sensible que Bruxelles procrastine. L’espoir des pro-nucléaires d’obtenir un label vert dès cette année s’éloigne. La Commission vient de renoncer à la voie réglementaire de l’acte délégué pour porter l’affaire au niveau politique et s’en remettre à une codécision du Conseil et du Parlement, selon le média en ligne Contexte. Mme von der Leyen veut favoriser un « débat transparent » dans l’UE, où la politique énergétique reste de la compétence des Etats membres. Ils sont partagés entre « pro », emmenés par la France, et « anti », guidés par l’Allemagne, qui a renoncé à cette énergie il y a dix ans, comme l’Italie.
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