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JOSE SARMENTO MATOS POUR LE MONDE
ReportageLe dirigeant socialiste Antonio Costa est le favori des législatives de dimanche 6 octobre, dans un pays où la crise a creusé les fractures.
C’est du haut de la colline que Dina Duarte a vu son village brûler. Le 17 juin 2017, cette femme robuste et joviale de 49 ans était partie avec son mari fêter le solstice d’été dans le hameau voisin. Mais il n’y eut point de fête ce jour-là. Dès 16 heures, le feu, incontrôlable, s’était étendu à toute la région, et à 18 heures la rumeur bruissait que tous, à Nodeirinho, avaient péri.
On n’avait pas tout à fait tort. Sur la vingtaine d’habitants de la petite commune rattachée à la ville de Pedrogao Grande, à deux heures de Lisbonne, onze ont disparu, la plupart carbonisés sur la N236, la « route de la mort », où ils tentaient d’échapper au destin. Sur le bitume, il reste encore les stigmates de jantes fondues que nous montre Dina Duarte. « Quand nous sommes arrivés avec mon mari, le lendemain, vers 6 heures du matin, tout était noir. Il n’y avait plus une seule couleur, juste du noir, du gris et des cadavres », raconte-t-elle en laissant éclater un sanglot. La nuit suivante, Dina n’a pas dormi, angoissée par le silence. Plus un animal, plus un bruissement de feuilles. Son mari est entré en dépression.
Dans le village, on raconte les scènes d’apocalypse, la chaleur écrasante qui précédait le feu, cette tempête qui n’a fait qu’attiser les braises et la nuit, soudain, qui s’est abattue, alimentant la panique et l’hystérie des familles. Une scène « dantesque », résume Rui Rosinha, pompier volontaire, qui est resté trois mois dans le coma et souffre de graves séquelles neurologiques.
L’incendie a décimé des dizaines de milliers d’hectares de forêt, faisant 65 victimes à Nodeirinho et dans les villages alentours. Deux ans plus tard, la vie a repris ses droits. Les maisons ont été repeintes, les fleurs ont repoussé, la couleur est revenue. Mais le souvenir de la tragédie hante toujours le village, et à une tristesse inconsolable se mêle aujourd’hui l’amertume. « On nous a abandonnés », lâche Dina Duarte.
Personne n’oublie que le premier ministre, Antonio Costa (Parti socialiste), n’a pas interrompu ses vacances lorsqu’il a appris le drame. Et les indemnités ne suffisent pas à redonner vie à cette campagne vieillissante et meurtrie. Alors le 6 octobre, lors des élections législatives, Dina et la plupart des habitants de la région s’abstiendront de voter.
Le rapport d’enquête atteste que l’incendie de Pedrogao Grande était accidentel. Mais la plupart des experts soulignent que ce feu, comme les autres qui sévissent presque chaque année, ne doit rien au hasard. Ils mentionnent la monoculture d’eucalyptus, qui assèche les sols et est devenue la principale ressource des ex-agriculteurs, mais aussi l’absence d’entretien des forêts et la désertification des campagnes, à laquelle le gouvernement ne s’attaque pas, faute d’investissement public.
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