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Malgré le rejet par le Parlement européen de la candidature de Sylvie Goulard comme commissaire au marché intérieur, le portefeuille prévu pour la France à la Commission européenne reste une opportunité, qu’il faut confier à une personnalité maîtrisant les enjeux du numérique, plaident, dans une tribune au « Monde », une dizaine de leaders de ce secteur.
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Tribune. Le sort de Sylvie Goulard comme candidate à la Commission européenne est regrettable. Connaisseuse des arcanes bruxellois, elle aurait pu y porter un renouveau politique utile.
Mais, au pays de la « start-up nation », sachons rebondir ! Car le portefeuille identifié pour la France au sein de la Commission est une immense opportunité. Les termes technocratiques de « marché intérieur » cachent des responsabilités essentielles pour la compétitivité et la souveraineté de l’Europe : normes, industrie, entrepreneuriat et start-up, numérique, télécoms, spatial, industries de défense…
Ces domaines ouvrent sur des thématiques comme la 5G, l’intelligence artificielle (IA), les « green techs » [les entreprises numériques au service de la transition écologique], le cloud, l’informatique quantique, la cybersécurité, l’innovation de rupture et ses impacts sociétaux, etc. Et il s’agit non seulement de développer ces technologies mais aussi de les porter au sein de secteurs en pleine transformation, comme l’automobile, la ville intelligente, l’industrie ou l’aéronautique. Un tel portefeuille est totalement inédit en Europe.
S’il est incontestable que l’Europe accuse un retard inquiétant sur la Chine et les Etats Unis, ce sont les Américains et les Chinois eux-mêmes qui ne cessent de souligner l’extraordinaire qualité du capital humain européen. Encore aujourd’hui, la majorité des prix Nobel en sciences dures, des brevets, des publications scientifiques en IA restent européens. Simplement, nous n’avons pas réussi à développer une économie à la mesure de ce capital de connaissances.
Une ambition humaniste
Mais attention, la tâche ne sera pas aisée car il faudra repenser profondément les programmes européens actuels. L’Europe devra refonder sa doctrine en matière d’innovation, de cyberdéfense, de formation, d’écosystèmes européens, de régulation du numérique…
C’est pourquoi le futur commissaire français doit être une personne qui maîtrise finement les enjeux technologiques et de transformation numérique. Regardons les choses en face : le numérique est une culture vaste que n’appréhendent que de manière approximative nombre de nos élites et de nos politiques. Ne prenons pas le risque d’une longue courbe d’apprentissage ou, pire, d’un profil inadapté à notre temps, tant l’enjeu est pressant et déterminant.
La France doit saisir sa chance de proposer, pour la Commission européenne, une personnalité du numérique. Un « profil » qui sache aussi naviguer dans les eaux de la politique et de l’administration, pour mettre à profit tous les leviers de la puissante machine bruxelloise.
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