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Les 4 et 5 juin à Chicago, la Réserve fédérale américaine organise une conférence ouverte aux économistes critiques de la priorité donnée depuis des décennies à la lutte contre l’inflation, observe dans une tribune au « Monde » l’expert financier Nicolas Goetzmann.
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Tribune. « C’est un défi majeur. C’est un des défis majeurs de notre temps ». Le 20 mars, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed), manifestait en ces termes son inquiétude face à la rechute de l’inflation observée depuis le début de l’année aux Etats-Unis. Une anomalie théorique dans un contexte d’affolement des compteurs des chiffres de la croissance et d’un taux de chômage au plus bas depuis 1969. C’est dans ce contexte « mystérieux », pour reprendre les mots de Janet Yellen, prédécesseure de M. Powell, que la Fed a choisi d’organiser à Chicago, les 4 et 5 juin, une conférence consacrée à la revue de sa stratégie de politique monétaire, ouvrant ainsi un débat qui agite les économistes depuis plusieurs années.
Revenons en effet en arrière, en décembre 2015. Le soutien apporté depuis 2008 à l’économie américaine, à travers une politique monétaire dite « non conventionnelle », permet au taux de chômage américain de redescendre au seuil fatidique de 5 %, alors considéré par la Fed comme le point d’inflexion du chômage structurel : théoriquement, une fois ce point atteint, une accélération de l’inflation pourrait voir le jour, bien que celle-ci soit alors bien éloignée de sa cible de 2 %.
Il n’en fallut pas plus pour que la Fed, dirigée à l’époque par Janet Yellen, débute un cycle de hausse de ses taux directeurs visant à freiner l’activité économique et empêcher ainsi l’accélération prévue de la pression inflationniste. Cette prise de décision témoigne donc du fait que la Fed ne lutte pas directement contre l’inflation, mais contre la possibilité théorique de son arrivée prochaine, en se basant notamment sur une modélisation du niveau de chômage structurel américain.
La peur de l’inflation
Or, depuis décembre 2015 et après neuf hausses consécutives des taux directeurs, la baisse du taux de chômage américain s’est poursuivie, atteignant son niveau le plus bas depuis cinquante ans à 3,6 %, et ce sans qu’aucune pression inflationniste se manifeste ! Depuis le début de l’année 2019, l’inflation est même repartie à la baisse pour atteindre 1,6 % fin mai. Une hypothèse serait que le niveau de chômage structurel n’aurait en réalité toujours pas été atteint. Mais ce peut être aussi le signe que la Fed est allée trop loin dans son étreinte : c’est d’ailleurs ce que suggèrent les derniers indicateurs, dont l’enquête auprès des directeurs d’achats américains publiée le 23 mai, marquant un plus bas depuis trois ans.
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