la diaspora maghrébine se raconte sur le divan

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La psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve reçoit des patients qui livrent des vies empoisonnées par les discriminations et les préjugés.

Par Publié aujourd’hui à 20h00

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Cartes d'identité nationales vierges.
Cartes d’identité nationales vierges. JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Ils sentent « quelque chose » en eux qui leur tort le bide. Un « truc » qui vient gifler leur âme et abîmer leur corps. Une douleur les tourmente, les enlace si fort qu’ils en suffoquent. Un mal-être ? Une dépression ? Une crise d’angoisse ? Un peu des trois. Quelle est la cause de cette mauvaise sensation ? Leur gueule de « métèque ». De par leur apparence et leur origine nord-africaine, ils ont l’impression de se sentir en France comme l’éternel étranger ; de n’être jamais à leur place ; ou de voir leur carrière professionnelle patiner. Quoi qu’ils fassent. Le malaise est profond, au point parfois de ne plus en dormir la nuit. Ce désarroi les a obligés à consulter un thérapeute pour ne pas perdre la tête.

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Chaque jour, dans un cabinet médical exigu de Montrouge (Hauts-de-Seine), la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve reçoit, entre autres, des patients issus de la diaspora maghrébine pour parler de leur souffrance. Et le mot est faible… Tunisiens, Marocains, Franco-Algériens, de tout âge et de toute catégorie sociale, ils vivent très mal les préjugés contre les Nords-Africains qu’ils disent subir au quotidien. Des petites remarques anodines aux discriminations les plus crasses, ces femmes et ces hommes n’arrivent plus à faire face aux humiliations. Pour comprendre leur souffrance qui heurte leur identité, il faut s’asseoir près d’eux sur l’une des deux chaises en osier du bureau, garantir leur anonymat et les écouter sur plusieurs séances de trente minutes chacune. Comme ce récent jeudi de septembre.

Sans un pli

« Alors, comment ça va ? », lance Fatma Bouvet de la Maisonneuve à son patient dans un grand sourire. La peau encore ambrée par le soleil de Tunisie, ce quadra raffiné au costume impeccable et sans un pli, lui répond d’un faible « ça va ». « Je vous sens un peu fatigué ? », ajoute-elle en relisant le dossier qui lui est consacré. « J’ai déjà perdu tous les bénéfices des vacances à cause de tout ce contexte en France », dit-il avec un petit rictus en coin. « Ce contexte » ? Ce sont les incessants discours des politiques au sujet de l’immigration qu’il prend de plein fouet. Et l’énième débat sur ce sujet, voulu par Emmanuel Macron, qui doit d’ailleurs commencer lundi 7 octobre à l’Assemblée nationale, ne va en rien l’apaiser. Il ne supporte plus non plus les débats routiniers sur l’islam ou le voile retransmis en boucle par les chaînes d’info en continu… Ça l’affecte trop, tout comme son métier.

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