La Chine arme ses garde-côtes, suscitant l’inquiétude de ses voisins

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Des garde-côtes chinois poursuivent des garde-côtes vietnamiens (non photographiés), après qu’ils se sont approchés à moins de 10 miles nautiques d’une plate-forme pétrolière en mer de Chine méridionale, le 15 juillet 2014.

C’est une militarisation, qui inquiète fortement les voisins de la Chine : depuis le 1er février, les garde-côtes chinois peuvent faire usage de la force, y compris avec des armes lourdes, grâce à l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi votée par Pékin. Réorganisé et soumis à l’autorité de la commission militaire centrale du Parti communiste chinois depuis 2018, le corps des garde-côtes monte en puissance. Il est en première ligne en mer de Chine orientale face aux forces sud-coréennes, comme en mer de Chine du sud dans les disputes régionales violentes liées à la pêche et aux îles que Pékin revendique comme siennes, telles les Natuna en Indonésie.

Le Vietnam a évoqué un « acte de guerre » à l’annonce de cette réforme. Les Philippines ont émis une protestation officielle. Le Japon s’en est inquiété le 3 février auprès de son partenaire britannique, à l’occasion d’une rencontre bilatérale de défense.

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La loi sur la police maritime adoptée le 22 janvier prévoit l’usage de la force dans son chapitre 6 : « armes de poing » contre les incursions de bâtiments étrangers dans les eaux revendiquées par la Chine, « armes lourdes » contre les « incidents de violence graves ». Elle prévoit aussi la destruction d’installations étrangères sur des terres revendiquées par la Chine. Et la création de zones d’exclusion. Pékin a écarté les critiques, en avançant que l’usage de la force viserait les navires violant « sérieusement » sa souveraineté nationale ou ses droits souverains, et assurant que le principe d’un emploi minimal de la force serait suivi – à charge pour les commandants des navires d’évaluer le danger.

Mais les espaces maritimes évoqués comme étant « sous juridiction nationale » chinoise étant contestés, on peut craindre « une multiplication des situations de zones grises, c’est-à-dire de tensions appuyées, ne relevant ni du temps de guerre, ni du temps de paix, et qui ont trait à la souveraineté et aux droits maritimes », analyse la chercheuse Marianne Péron-Doise, spécialiste de la sécurité maritime à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) et à Sciences Po Paris. Cette loi va « davantage brouiller la frontière entre les bateaux blancs, chargés de mission de police en mer, et les bateaux gris, bâtiments de guerre », précise-t-elle.

Risques d’escalade

Le langage ambigu du texte peut accroître les risques de mauvais calcul, et donc d’incidents, dans les eaux disputées, abonde Collin Koh, chercheur associé de la Rajaratnam School of International Studies de Singapour. Au-delà, inscrire l’armement des garde-côtes dans une telle loi permet, selon cet expert, d’affirmer des droits contre des pays étrangers qui opéreraient dans leur propre zone économique exclusive (ZEE). En revendiquant sa souveraineté jusqu’à la « ligne des neuf traits » qu’elle a tracée en mer de Chine méridionale en débordant dans les ZEE du Vietnam, de la Malaisie, de l’Indonésie, des Philippines et de Brunei, Pékin se heurte déjà à ses voisins en déployant des navires de façon permanente.

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