La Birmanie passe à la prévention pour lutter contre l’épidémie de Covid-19

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A Rangoun, en Birmanie, le 8 avril, offrande traditionnelle à un moine bouddhiste.
A Rangoun, en Birmanie, le 8 avril, offrande traditionnelle à un moine bouddhiste. Thein Zaw / AP

« Mangez du citron et des graines d’huile de palme ! », conseillait en mars un célèbre moine birman. Un autre recommandait plutôt de forcer sur le poivre. Le directeur d’un hôpital de Rangoun, le docteur Win Thandar Phyu, confirmait un peu plus tard l’optimisme sanitaire des religieux en affirmant que le Myanmar, nom officiel de la Birmanie, avait « de la chance car c’est un pays bouddhiste où les moines prient pour nous ».

Il semble désormais que soit révolu le temps de la pensée magique : « Le virus va se répandre », a prévenu, vendredi 10 avril, la dirigeante Aung San Suu Kyi, l’ancienne dissidente et Prix Nobel de la paix qui cumule les fonctions de ministre des affaires étrangères et de « conseillère d’Etat », ce qui fait d’elle, de facto, la première ministre de Birmanie. « Il faut s’y préparer », a-t-elle ajouté.

Dès la mi-mars, des mesures de « distanciation sociale » avaient été prises dans une atmosphère d’insouciance quasi générale

Le nombre d’infections et de morts officiellement recensés – 28 cas d’infections et trois décès – a beau rester très inférieur aux autres pays d’Asie du Sud-Est, il est désormais plus que probable que les chiffres connus ne correspondent pas à la réalité. Sur une population de 53 millions d’habitants, seulement 103 personnes présentant des symptômes possibles d’infection dans les deux principales villes du pays, Rangoun et Mandalay, auraient été testées…

Les mesures imposées dès le milieu du mois de mars vers un objectif de « distanciation sociale » avaient été prises dans une atmosphère d’insouciance quasi générale. « Ces efforts ont été minés par un certain nombre de déclarations d’officiels et de professionnels du monde médical affirmant que la Birmanie était protégée de la menace du virus grâce un contexte social et géographique que l’on pourrait identifier à une croyance en un exceptionnalisme birman », analyse un article du Tea Circle, forum réunissant des spécialistes de la Birmanie.

L’« ennemi invisible »

Dans le contexte actuel d’exaltation du nationalisme au sein de l’ethnie principale des Bamars (68 % de la population), grande a été aussi la tentation de faire porter sur les autres la responsabilité d’un virus « étranger ». Le fait que la plupart des infections répertoriées en mars aient été importées par des visiteurs ou des Birmans arrivant d’outre-mer a renforcé chez certains le sentiment d’« invasion » par l’« ennemi invisible ».

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