La bataille de Taïwan a commencé

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A Taipei, lors de la fête nationale taïwanaise, le 10 octobre 2020.

Analyse. L’équilibre des forces a évolué et les intérêts divergent dans le détroit de Taïwan, après deux décennies de statu quo. Non que les deux rives, qui n’ont jamais signé d’armistice, aient repris les hostilités. Mais les manœuvres chinoises de ces dernières semaines témoignent d’un tournant. La zone d’identification aérienne de Taïwan a été la cible d’une quarantaine d’incursions, des avions de chasse chinois volant jusqu’à 68 km de Hsinchu, dans le nord-ouest de l’île.

Sans base juridique, mais imposée par les Etats-Unis dans les années 1950 à Taïwan et respectée tacitement par la Chine, la ligne médiane dans le détroit à ne pas dépasser pour les avions militaires « n’existe pas », a déclaré un porte-parole chinois, le 21 septembre. Le quotidien chinois Global Times, dont les positions belliqueuses sont approuvées en haut lieu, a assimilé ces exercices à des « répétitions pour capturer Taïwan », montrant « la détermination nouvelle » de la Chine. Pékin, à sa manière, se plaint qu’une ligne rouge soit en passe d’être franchie par « l’île de Taïwan en collusion avec les Etats-Unis ».

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C’est que, en guerre froide contre la Chine, Washington fait mine de sortir de « l’ambiguïté stratégique » qui entourait son assistance à Taïwan, basée sur des ventes d’armes défensives. Outre quatre lois adoptées sous Trump pour soutenir les alliés diplomatiques restants de Taïwan (quinze petits pays) et permettre les visites d’officiels américains de haut rang, deux autres projets de loi vont plus loin : ils autoriseraient les Américains à parer une attaque directe contre les forces taïwanaises et à réagir à un « fait accompli » contre tout territoire sous contrôle taïwanais. Le président américain pourrait alors mobiliser des moyens militaires avec un accord partiel du Congrès.

Le statu quo, datant de la troisième crise du détroit de Taïwan, en 1996 – quand Bill Clinton y avait dépêché deux porte-avions après des tests de missiles chinois à une soixantaine de kilomètres des côtes taïwanaises –, se fissure. La nervosité chinoise découlait, à l’époque, des aspirations pro-indépendance du dirigeant alors que Taïwan se démocratisait.

Divergence des luttes

Ce statu quo a tenu deux décennies, car tout convergeait. Les Etats-Unis misèrent alors sur l’engagement avec la Chine. Certes, les Taïwanais élurent en 2000 un président indépendantiste, mais la domination continue du Kuomintang (KMT) sur les institutions de Taïwan ouvrait au Parti communiste chinois (PCC) des opportunités d’alliance avec l’ennemi juré d’autrefois. Taïwan faisait bénéficier la Chine de capitaux et de savoir-faire tout en surfant sur la croissance chinoise.

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