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LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »
ReportageLes forces azerbaïdjanaises ont atteint la cité historique et les intenses combats y tournent à leur avantage.
Les défenseurs de Chouchi sont en lambeaux. Entassés les uns sur les autres à l’arrière des ambulances militaires, ils débarquent par dizaines, blessés, sanguinolents, exténués, à l’hôpital de Stepanakert, dans la vallée. D’autres descendent de la montagne, hagards, sans savoir s’ils reprendront le combat. Le long de la route, des paquetages ont été abandonnés à la hâte par des unités prises sous le feu de l’artillerie et des snipers.
Cela ressemble fort à une journée de débâcle. Même si le pouvoir de Stepanakert le dément, la bataille de Chouchi semblait tourner, vendredi 6 novembre au soir, à l’avantage des forces azerbaïdjanaises.
Cela fait près d’une semaine que l’armée de Bakou, dont l’objectif annoncé est de reconquérir le Haut-Karabakh perdu au cours de la guerre avec l’Arménie (1988-1994), est arrivée à portée de canons de Chouchi. Le front principal s’est un temps figé dans les forêts à hauteur du village de Karin Tak, où les combats ont été très rudes. Puis, durant trois jours, des commandos ont mené sur les routes autour de Chouchi des incursions nocturnes destinées à éprouver les défenses de la ville. La route principale qui relie Stepanakert à l’Arménie, via Chouchi et le corridor de Latchine, a été fermée le 4 novembre à la suite de ces attaques.
Un symbole politique et religieux
Chouchi est à la fois un objectif majeur et la clé de l’offensive lancée le 27 septembre par Bakou. D’une part, cette cité historique autrefois habitée par les deux communautés, qui fut un important centre culturel azerbaïdjanais avant d’être conquise par l’Arménie, est perçue par chaque camp comme la « Jérusalem du Karabakh », un symbole politique et religieux. D’autre part, Chouchi est une ville forteresse stratégique, cernée de murs de pierre et érigée au sommet d’une montagne qui domine Stepanakert, la « capitale » de la « République d’Artsakh » arménienne – autoproclamée en 1991 et non reconnue par la communauté internationale.
« Les Azerbaïdjanais ont atteint Chouchi. Il y a des combats urbains. On s’y bat à la kalachnikov », témoigne, dans la salle des urgences de l’hôpital, un combattant blessé à la jambe qui refuse la chaise roulante qu’on lui présente et s’avance seul, en claudiquant, la mâchoire crispée pour ne pas gémir, vers un médecin. Autour de lui, c’est le chaos. Une fourgonnette vient de débarquer sept blessés, presque tous par balles. Les bombardements restent intenses mais les blessures témoignent de combats rapprochés.
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