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Les bailleurs de fonds internationaux du Liban le réclament. Le président de la république, Michel Aoun, en fait une affaire personnelle. Le gouvernement de Hassan Diab, qui avait lancé ce chantier en mars, continue de le soutenir bien qu’il soit démissionnaire depuis l’explosion du port de Beyrouth, survenue le 4 août. Pourtant, dans l’un de ces dysfonctionnements institutionnels dont le pays du Cèdre a la spécialité, l’audit juricomptable de la Banque centrale du Liban (BDL), un élément clé du sauvetage économique du pays, risque de ne jamais voir le jour.
Vendredi 20 novembre, le cabinet mandaté par le ministère libanais des finances pour mener à bien cette mission – la firme américaine Alvarez & Marsal –, a jeté l’éponge, après que la BDL a refusé de lui ouvrir ses comptes, en arguant du secret bancaire. Son gouverneur, l’inamovible Riad Salamé, en poste depuis vingt-sept ans, résiste bec et ongles à cette opération, destinée à faire la lumière sur la faillite du secteur bancaire du pays, dont les pertes sont évaluées à 68 milliards de dollars (57 milliards d’euros).
« C’est une gifle pour l’Etat libanais, s’indigne Marie-Claude Najm, la ministre de la justice, qui comme ses homologues continue d’expédier les affaires courantes, le temps que Saad Hariri, le successeur de Hassan Diab désigné fin octobre, ait formé son équipe. La BDL s’est transformée en un Etat dans l’Etat, qui refuse de rendre des comptes, poursuit la ministre. Cela envoie un très mauvais signal, celui d’une institution qui a quelque chose à cacher. »
C’est peu dire qu’il y a urgence, pourtant. La crise de liquidités qui a éclaté à la fin de l’été 2019 a entraîné un effondrement de la monnaie nationale et une hausse vertigineuse du prix des denrées de base. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 30 % en 2019 à 55 % aujourd’hui.
Pratiques peu orthodoxes
A l’instar de la France, les Etats occidentaux et arabes qui n’ont cessé de renflouer le Liban ces vingt dernières années refusent de ressortir leur chéquier tant que le pays n’a pas signé un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Et ce dernier, avec lequel le gouvernement avait négocié sans succès au printemps, exige au préalable une série de réformes, dont l’audit de la BDL.
Celui-ci se divise en trois volets : un volet purement comptable, confié au cabinet KPMG, qui vise à connaître le bilan exact de la BDL ; un volet « conformité », attribué au cabinet Oliver Wyman, pour vérifier que les pratiques de l’institution monétaire ne dérogent pas aux standards des banques centrales ; et un volet juricomptable donc, pour détecter d’éventuelles malversations.
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