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LETTRE DE SAN FRANCISCO
Depuis le début du confinement, Katie Porter s’est surprise à « employer beaucoup plus de jurons » qu’avant. Il est vrai qu’elle est immobilisée avec ses trois enfants hyperactifs (14, 11 et 8 ans) qu’elle élève seule dans leur maison d’Irvine, au sud de Los Angeles. Une situation banale à l’heure du Covid-19, si ce n’est que Katie Porter est l’élue (démocrate) de la 45e circonscription de Californie au Congrès. Quand elle prend la mouche, ses emportements anti-establishment font le tour – et les délices – des réseaux sociaux.
A ce stade de la pandémie, et compte tenu du niveau de décibels dans la maison, la congresswoman donne ses interviews dans sa voiture, un minivan Toyota Sienna bleu dont elle dit le plus grand bien, ne serait-ce que pour montrer aux suburban moms (mères de famille des banlieues) du comté d’Orange – farouchement républicain jusqu’à l’élection de Donald Trump – à quel point elle comprend leur quotidien. Les cheveux ondulés, l’œil bleu moqueur dans un visage rebondi (elle ironise elle-même sur sa taille « plus »), elle fait passer une bouffée de fraîcheur dans le paysage politique.
Assise à l’avant du véhicule parqué devant le garage, Katie se défoule. « Vous n’êtes pas fatiguée de figurer dans les cauchemars des républicains ? », l’interroge le 9 avril la comédienne Samantha Bee. Pas le moins du monde, balaye l’élue : « Je n’ai pas de temps à perdre, je m’occupe des enfants toute seule, le dîner est en train de brûler, j’ai 4 000 e-mails, mes cheveux partent en vrille, je ne me suis pas rasé les jambes depuis une semaine. »
« Une excellente interrogatrice »
Katie Porter n’a pas de temps à perdre, insiste-t-elle, avec le « bullshit » républicain. Un terme qui peut se traduire par « conneries » et que la chaîne a dûment censuré d’un « bip ». Pas vraiment le langage d’une diplômée de Yale, ex-titulaire d’une chaire de droit à l’université de Californie à Irvine. Mais Katie, 46 ans, a grandi dans un environnement plutôt terre à terre : une communauté rurale de l’Iowa, entre un père fermier puis banquier, et une mère passionnée de quilts (patchwork).
En 2018, l’universitaire a réussi l’exploit de s’emparer de ce bastion conservateur du comté d’Orange. Emule de l’ex-candidate à la primaire démocrate Elizabeth Warren, dont elle a été l’élève à Harvard, elle s’est construit une image d’avocate des consommateurs face aux banques, aux apparatchiks et autres prédateurs de la classe moyenne américaine. Au Congrès, elle s’est fait connaître par sa manière de passer les intervenants sur le gril, munie d’une ardoise blanche devenue emblématique. Elle y écrit les chiffres en même temps qu’elle interroge la victime, qui s’affaisse progressivement dans son fauteuil.
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