Justin Trudeau multiplie les stratégies de séduction à l’égard du Québec

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Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 11 décembre devant la Chambre des communes à Ottawa.
Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 11 décembre devant la Chambre des communes à Ottawa. Blair Gable / REUTERS

« Québécois, je vous ai compris », c’est en substance ce que le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’était empressé de déclarer au soir même de sa victoire étriquée, le 21 octobre. Une adresse de circonstance : son parti, le Parti libéral du Canada, espérait profiter de l’affaiblissement du Nouveau Parti démocratique (NPD, social démocrate) pour faire mieux qu’en 2015 dans la province du Québec, où il l’avait emporté dans 40 circonscriptions (sur 78).

Or, ce sont les indépendantistes du Bloc québécois qui ont triplé leur contingent de députés, avec 32 élus envoyés à la Chambre des communes, au détriment entre autres des libéraux, qui ont perdu 5 sièges. « Mes chers Québécois, avait donc assuré Justin Trudeau, dès son premier discours, j’ai entendu votre message, vous voulez continuer à avancer avec nous mais vous voulez aussi vous assurer que la voix du Québec porte encore plus à Ottawa. Je vous en donne ma parole. »

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La constitution du gouvernement Trudeau 2, en novembre, a été le premier signe de l’importance que le premier ministre accorde désormais à la Belle Province. Sur 36 ministres, 10 sont québécois, avec, pour certains, des portefeuilles d’envergure. François-Philippe Champagne hérite du ministère des affaires étrangères. Le député de Québec Jean-Yves Duclos est nommé président du Conseil du Trésor (l’équivalent du ministère du budget français). Un ami personnel de longue date de Justin Trudeau, Marc Miller, est nommé aux services aux autochtones, une priorité affichée de ce second mandat.

L’influent écologiste Steven Guilbeault, cofondateur de l’organisation environnementale québécoise Equiterre, élu sous la bannière libérale en octobre, n’a pas été retenu comme ministre de l’environnement afin de ne pas envenimer les relations déjà compliquées avec l’ouest du pays pétrolifère, mais il entre néanmoins au gouvernement, où il sera chargé du patrimoine canadien.

Autre geste significatif à l’endroit des Québécois : Justin Trudeau s’est résolu à ressusciter une fonction dont il n’avait pas voulu en 2015, celle de lieutenant pour le Québec. La fonction échoit au Montréalais Pablo Rodriguez. Il sera le point de contact entre Ottawa et le gouvernement du Québec, dirigé depuis un an par François Legault, un premier ministre de centre droit, nationaliste modéré, très sourcilleux quant au respect de ses compétences provinciales.

Réservoir d’électeurs

Si Justin Trudeau manifeste tant d’égards pour la province, c’est qu’il compte sur les Québécois à deux titres. A la tête d’un gouvernement minoritaire, il a besoin de la neutralité sinon du soutien des élus du Bloc québécois à la Chambre des communes pour faire adopter ses lois. Ensuite, en cas d’élections anticipées susceptibles d’être déclenchées à tout moment, c’est au Québec que se trouve son réservoir de gain d’électeurs et non dans les provinces de l’Ouest, dont certaines ont d’ailleurs rayé les élus libéraux de la carte aux dernières élections (Alberta, Saskatchewan). Sa gageure tient au fait que, québécois lui-même et élu de Montréal, le premier ministre du gouvernement fédéral doit faire oublier qu’il se vit d’abord comme un Canadien, quand le sentiment général au Québec s’exprime en sens inverse, québécois avant d’être canadien.

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