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Réfugiée depuis 2014 en Jordanie après deux longs séjours dans les geôles syriennes, Hasna Al-Hariri, 58 ans, est une figure de la révolution syrienne. Le long récit qu’elle a livré au Monde, en 2017, sur les atrocités commises dans les prisons du régime de Damas, notamment les viols, sujet immensément tabou, lui vaut d’être particulièrement détestée dans les cercles pro-Assad. Début avril, des informations faisant état de sa prochaine expulsion vers la Syrie avaient suscité une vive émotion parmi les opposants et une forte mobilisation sur les réseaux sociaux. Le royaume hachémite avait démenti toute intention en ce sens, tout en demandant à la quinquagénaire de suspendre ses « activités illégales ». Mais mardi 4 mai, Hasna Al-Hariri a été arrêtée par la police jordanienne et conduite au camp de réfugiés d’Azraq, à 80 km au nord d’Amman. Elle redoute que ce transfert soit le prélude à son expulsion en Syrie. Nous avons pu la joindre par téléphone, dans la soirée du 4 mai.
Qu’est-ce qui explique votre soudaine arrestation ?
Une pression ultraforte du régime syrien qui profite d’une complicité retrouvée avec le gouvernement jordanien pour formuler ses exigences. A ma sortie d’une prison syrienne en 2014, grâce à un échange de prisonniers, j’ai découvert la mort de treize personnes de ma famille, dont mon mari, trois fils et mes gendres. Mes proches ont été dispersés, mais j’ai trouvé refuge en Jordanie. Fin 2018, j’ai été contactée par les services secrets de ce pays m’avertissant que le régime syrien demandait mon transfert en Syrie. « C’est simplement pour vous prévenir », m’a-t-on dit. Je me sentais alors protégée en Jordanie par le droit international. Début avril 2021, j’ai été convoquée par ces mêmes services : « Les Syriens vous réclament à nouveau avec insistance. On vous donne quatorze jours pour quitter la Jordanie. » J’étais abasourdie. Mais le régime syrien a confirmé avoir officiellement demandé à la Jordanie que quarante réfugiés syriens lui soient livrés, dont moi et Hamza Al-Salkhadi, mon camarade révolutionnaire qui connaît d’ailleurs le même sort que moi.
Qu’avez-vous fait de cet ultimatum jordanien ?
J’ai d’abord protesté : c’est contraire au droit des réfugiés ! Et puis, où aller, sans argent, sans passeport, sans visa ? Pour toute réponse, je n’ai obtenu qu’un implacable : « On vous donne quatorze jours. » Au bout de ce délai, ils se sont pointés chez moi : « Si vous ne dégagez pas, on vous reconduit à la frontière et on vous livre au régime syrien. » J’ai paniqué, contacté le monde entier et j’ai fini par avoir un entretien fouillé avec le Haut-Commissariat aux réfugiés qui a évoqué l’asile dans trois pays possibles : l’Allemagne, la Norvège ou la Suède. Je préférais l’Allemagne mais le processus n’a pas eu le temps d’aboutir : j’ai été arrêtée et conduite avec mon fils, ma belle-fille et leurs jeunes enfants dans ce camp immense en plein désert. La fournaise est telle dans le baraquement d’accueil, plein d’insectes, que nous allons passer la nuit dehors.
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