« Je ne vis déjà plus à Jérusalem, mais dans une prison »

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Sur la colline d’Abou Dis (Cisjordanie), le 29 janvier 2020.
Sur la colline d’Abou Dis (Cisjordanie), le 29 janvier 2020. EMMANUEL DUNAND / AFP

Bienvenue à Jérusalem ! A l’extrémité nord de la ville, derrière les tourelles de garde et les barbelés israéliens, derrière les voitures qui s’agglutinent au point de passage vers les territoires palestiniens de Kalandia, on aperçoit une zone industrielle en déshérence, une usine de séparation des déchets et un aéroport abandonné… Dans ce décor de fin du monde, la « vision » de Donald Trump pour une « paix » israélo-palestinienne a délimité, le plus sérieusement du monde, une « zone touristique spéciale » réservée à la future capitale de Palestine. C’est voir loin.

Capitale confetti, capitale croupion ou dépotoir… L’administration Trump, qui a reconnu la souveraineté israélienne sur l’ensemble de Jérusalem, mardi 28 janvier, a concédé à l’Autorité palestinienne une souveraineté réduite comme peau de chagrin sur la lointaine périphérie orientale de la ville. Elle entend rejeter l’essentiel de la future capitale palestinienne derrière le mur de séparation. Elle maintient le contrôle des forces de sécurité israéliennes sur les lieux saints. Elle ampute au passage la ville d’une part de sa population arabe, qui menace sous peu de supplanter la majorité juive.

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Bienvenue à Jérusalem, deuxième étape : le Parlement de Palestine. Héritage des accords d’Oslo de 1993, ce bâtiment est juché sur la colline d’Abou Dis, à l’est, derrière des monts de terre herbeuse, où le calcaire affleure. Jamais achevée, la structure moderniste tapissée de pierre jaune, aux ouvertures béantes, est aujourd’hui un refuge pour les pigeons.

En contrebas, le maire d’Al-Aizaria, Issam Faroun, déplie le journal et une carte, qu’il étudie depuis mardi. Sa ville, la Béthanie de la Bible, est située au beau milieu d’un futur Etat de Palestine. La vieille route de Jéricho la traverse : le principal axe de communication qui lie les territoires du Nord et du Sud. « C’est un goulet d’étranglement », soupire-t-il. Depuis 1977, la colonie israélienne voisine de Maalé Adoumim a grignoté son territoire, à l’est.

Un immense panneau rouge israélien borde la route qui lie Al-Aizaria et Maalé Adoumim, signalant l’entrée dans une zone à haut risque. Si Israël finit par annexer les territoires qu’il occupe en Cisjordanie depuis la guerre de 1967, comme l’y autorise à terme la « vision » américaine, les pavillons blanc et rouge des colons de Maalé Adoumim seraient les premiers à rejoindre le territoire israélien. Depuis le week-end des 1er et 2 février, le gouvernement signale qu’il pourrait opérer ainsi, ville par ville.

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