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Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, est allée un peu vite en besogne. A peine installée dans son bureau du Berlaymont, à Bruxelles, l’ancienne ministre allemande annonçait son intention de lancer une initiative législative au sujet des implications humaines et éthiques de l’intelligence artificielle, dans les cent premiers jours de son mandat. Au sein de la Commission européenne, on se demandait quelle mouche avait piqué la présidente. « Von der Leyen a voulu aller très vite, cela a un peu surpris en interne, alors qu’il est nécessaire de prendre un peu de temps, de bien consulter », explique un fonctionnaire européen. La Commission a donc tempéré ses ardeurs.
Le 19 février, Thierry Breton, commissaire européen chargé du marché intérieur, présentera les grandes lignes de la stratégie européenne, dans un Livre blanc. Un prélude aux initiatives législatives. La Commission cherche un équilibre entre deux objectifs : soutenir l’innovation et le développement économique d’une technologie de pointe, grâce à des investissements et des règles communes, tout en rassurant les citoyens face aux risques d’une invasion des objets connectés, des algorithmes opaques et des ordinateurs apprenants.
Explosion attendue de l’Internet des objets
Lorsqu’on évoque l’intelligence artificielle, il faut parler des données. C’est le mantra de Thierry Breton, qui a insisté pour que l’attention politique se focalise sur la captation de ces milliards d’informations numériques, en couplant une « stratégie européenne des données » au livre blanc. Car elles sont le carburant de l’intelligence artificielle. C’est grâce à elles que des algorithmes s’entraînent, qu’ils apprennent et déterminent une action.
L’explosion attendue de l’Internet des objets dans les foyers, les voitures, les industries, rend très sensible la question du stockage et du traitement des informations, nouvel or incolore de l’économie mondiale. Selon la Commission européenne, on passera de 33 zettabytes de données dans le monde en 2018 (1 zettabyte = 1 000 milliards de milliards de bytes) à 175 en 2025. L’immense majorité de ces données ne devrait plus être stockée dans des clouds hors de l’Union européenne, mais au plus proche de leurs sources avec le développement de l’informatique périphérique permettant une fluidité et une rapidité de traitement.
La Commission ne veut pas rater le coche et souhaite créer un « espace européen des informations » facilitant leur stockage, leur circulation et leur analyse, pour peser face aux Etats-Unis et à la Chine. L’une des clés pour que cette économie des données profite aux entreprises européennes se situe dans les capacités techniques de celles-ci. Les besoins en recherche et en investissement dans les infrastructures de stockage et d’encryptage, dans la puissance de calcul, sont énormes. En 2016, dans le domaine de l’intelligence artificielle, 3,2 milliards d’euros avaient été investis dans l’Union européenne, contre 12,1 milliards aux Etats-Unis et 6,5 milliards en Asie.
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