Inde : quatre hommes exécutés pour le viol collectif de New Delhi de 2012

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Le viol collectif et le meurtre d’une étudiante en décembre 2012 avait profondément secoué la société indienne, provoquant une prise de conscience sur l’ampleur des violences sexuelles dans le pays.

Cette affaire de viol qui hante l’Inde depuis sept ans touche à sa fin. Ce jeudi, quatre hommes responsables du viol collectif et du meurtre d’une étudiante, en décembre 2012, vont être exécutés, au terme d’un feuilleton judiciaire interminable pour les familles des victimes.

Après trois reports de dernière minute, Mukesh Singh, Vinay Sharma, Pawan Gupta et Akshay Thakur devaient être pendus à 5h30 locales (1 heure du matin en France) dans la prison de Tihar, à New Delhi. Les quatre détenus ont épuisé leurs recours judiciaires contestant leur condamnation à mort pour le viol et le meurtre de Jyoti Singh.

La dernière pendaison en date en Inde remontait à 2015. Il s’agit d’une application exceptionnelle de la peine de mort en Inde.

Des six hommes arrêtés par les forces de l’ordre après les faits, le meneur présumé est mort en détention quelques semaines plus tard, officiellement suicidé. Un autre, encore mineur à l’époque, a bénéficié d’une peine réduite en raison de son âge et a été libéré au bout de trois ans.

Onde de choc dans l’opinion publique

Le dimanche 16 décembre 2012 au soir, Jyoti Singh, étudiante de 23 ans, sort d’une séance du film « L’odyssée de Pi » dans un grand centre commercial, accompagnée d’un ami. Ils montent dans un bus privé tenu par une bande ivre de six hommes, croyant qu’il s’agissait d’un transport collectif allant dans leur direction.

À bord, son ami est passé à tabac. Pendant une vingtaine de minutes, la jeune femme est sauvagement violée à l’arrière du bus roulant à travers la capitale, lumières éteintes, et grièvement blessée avec une barre de fer. Les agresseurs se débarrassent des deux victimes au bord d’une route.

La jeune femme est soignée à Singapour. Pendant son hospitalisation, l’affaire est médiatisée et provoque une onde de choc dans l’opinion publique. De gigantesques manifestations spontanées redoublent avec sa mort des suites d’une hémorragie interne, le 29 décembre.

Examen de conscience pour la société Indienne

« Le mouvement qui a suivi le viol en réunion de 2012 a été comme un barrage qui cède », explique Kavita Krishnan, militante pour les droits des femmes. Ce drame, survenu au cœur de la capitale, a touché une corde sensible auprès de la jeunesse indienne.

Dans une société changée en profondeur par vingt ans de libéralisation de l’économie, nombre d’Indiennes et d’Indiens se sont identifiés à cette jeune femme souhaitant faire des études et avoir un travail, plutôt que de vivre sous la tutelle d’un mari et rester au foyer.

Ce viol de « la fille de l’Inde » a vu le choc brutal de deux visions sociétales antagonistes. D’un côté, une classe moyenne émergente, aspirant à l’émancipation et à la liberté individuelle, en particulier pour les femmes. De l’autre, une conception conservatrice traditionnelle considérant les femmes comme inférieures aux hommes.

« Une fille décente ne traîne pas dehors à neuf heures du soir. Une fille est bien plus responsable du viol qu’un garçon », se justifiait ainsi Mukesh Singh, l’un des violeurs, dans un documentaire de la BBC sorti en 2015 et qui a fait scandale en Inde. Le viol collectif de Delhi a forcé la société indienne à un examen de conscience.

33 000 signalements pour viol en 2017

Ce drame avait aussi braqué une lumière crue sur le lourd silence autour des violences sexuelles dans le pays, les carences de son système judiciaire en matière de lutte contre les viols et, au-delà, le traitement des femmes dans la société indienne.

Le gouvernement a durci la législation contre les violences sexuelles et prévu des procédures judiciaires accélérées. Le nombre de signalements de viols dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants s’est envolé les années suivantes, les experts estimant que ces chiffres ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Selon les derniers chiffres officiels incluant plus de 10 000 victimes mineures, plus de 33 000 viols ont été déclarés dans le pays en 2017.

Ce crime a fait date au point de marquer la culture populaire. L’année dernière, la plateforme vidéo Netflix a produit une série racontant la traque policière pour retrouver les suspects, tous interpellés quelques jours après les faits.

Près de 400 condamnés attendent actuellement dans le couloir de la mort en Inde mais les autorités procèdent rarement aux exécutions, les réservant aux cas emblématiques. Les peines capitales sont normalement commuées en prison à vie.



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