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« Libérez Julian Assange » : mardi 21 juillet, la créatrice de mode et figure du mouvement punk Vivienne Westwood est apparue, déguisée en canari, devant un tribunal de Londres, pour réclamer la fin des poursuites contre le créateur de WikiLeaks, Julian Assange. Alors que WikiLeaks fête le dixième anniversaire ce samedi 25 juillet des « journaux de guerre afghans », la première publication d’ampleur de documents confidentiels de l’armée américaine, le sort de son principal fondateur est plus que jamais incertain.
M. Assange, malade et affaibli, est toujours détenu à la prison de Belmarsh, près de Londres, dans l’attente des suites de son procès en extradition. Les Etats-Unis veulent juger le fondateur de WikiLeaks pour une série de dix-huit chefs d’inculpation, dont dix-sept tombent sous le coup de l’Espionage Act, loi particulièrement sévère, initialement adoptée par les Etats-Unis pour condamner les actes d’intelligence avec l’ennemi durant la première guerre mondiale. Auparavant, il avait passé sept années dans l’ambassade d’Equateur à Londres ; Julien Assange dénonçait les demandes de la justice suédoise, qui cherchait à l’entendre comme témoin dans une affaire d’agression sexuelle et de viol, comme une manipulation visant à l’extrader aux Etats-Unis.
« Journaux de guerre » afghans et irakiens
L’essentiel des accusations est désormais prescrit, mais M. Assange avait été arrêté en 2019 lorsque l’ambassade d’Equateur lui avait retiré son soutien pour violation des conditions de sa liberté conditionnelle au Royaume-Uni. Les Etats-Unis réclament désormais directement son extradition pour qu’il soit jugé pour la publication de documents confidentiels. Ce que ses soutiens, comme les organisations de défense de la liberté de la presse, dénoncent comme un précédent dangereux – « L’accuser d’espionnage pour son travail, c’est faire peser sur le journalisme une grave menace », avait ainsi déclaré, en février, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. La prochaine audience, décalée en raison de la pandémie de Covid-19, doit se tenir le 7 septembre.
Si, au fil des ans, M. Assange a perdu une partie de ses soutiens initiaux, après notamment la publication en pleine campagne électorale et dans des conditions toujours peu claires de courriels du comité national du Parti démocrate en 2016, les « journaux de guerre afghans » constituaient une première mondiale à de nombreux niveaux. La mise en ligne de ces quelque 90 000 rapports de soldats américains sur le terrain, certains anodins, d’autres riches d’informations, avaient donné un nouvel éclairage à la guerre menée par les Etats-Unis sur le sol afghan et à ses échecs – malgré l’absence de révélations fracassantes.
La publication avait suscité la colère de l’armée américaine, mais aussi du président afghan, Hamid Karzaï, qui reprochait à l’organisation d’avoir mis en danger des informateurs de l’armée américaine, dont les noms figuraient dans les documents.
De la prison pour Chelsea Manning
Publiés en partenariat avec le Guardian, le New York Times et le Spiegel, les documents afghans avaient été suivis, en octobre 2010, de la publication de plusieurs centaines de milliers de rapports de l’armée américaine en Irak, en partenariat avec ces médias et d’autres, dont Le Monde. Les 400 000 rapports, qui couvraient six années d’occupation par l’armée américaine, recelaient de nombreuses informations notamment sur le lourd tribut payé par les civils irakiens.
Le jour de la publication des « journaux de guerre afghans », leur source est déjà en prison : Chelsea Manning (alors appelée Bradley Manning), analyste pour l’armée américaine, a été arrêtée trois semaines plus tôt pour avoir fourni à WikiLeaks son tout premier scoop mondial, une vidéo montrant un hélicoptère américain ouvrant le feu sur des civils dans la banlieue de Bagdad et publiée en avril. Chelsea Manning sera condamnée en 2013 à trente-cinq ans de détention. Sa peine sera commuée, en 2017, par le président américain, Barack Obama, trois jours avant la fin de son dernier mandat.
Sa remise en liberté ne durera que deux ans : en mars 2019, elle est à nouveau incarcérée pour outrage, après avoir refusé de témoigner devant le grand jury qui enquête sur les accusations contre Julian Assange. Elle a finalement été libérée en mars 2020, après une tentative de suicide et une intense campagne de mobilisation de ses soutiens.
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