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Nous avons demandé à six écrivains de choisir un ou plusieurs événements qui, selon eux, ont marqué ces dix dernières années. Aujourd’hui, le Yéménite Ali al-Muqri, né à Taïz, au Yémen, en 1966, qui a collaboré à des journaux progressistes. Dès 1997, à la suite d’articles jugés offensants à l’égard de Mahomet, il a été l’objet de vives attaques menées par les autorités religieuses de son pays. Mais c’est dans les années 2000, lors de la parution du Beau Juif (Liana Levi, 2011), mettant en scène le mariage d’une musulmane avec un juif, que la polémique fut la plus vive. Contraint à l’exil après qu’une fatwa a été prononcée contre lui, le romancier s’est réfugié en France, où il vit depuis 2015. Son œuvre d’essayiste, de poète et de romancier compte une dizaine de livres parmi lesquels le très remarqué L’Alcool et l’islam (éd. Dar Riyad al-Rayess, Beyrouth, 2007) ou Femme interdite (Liana Levi, 2015). Son prochain roman, Le Pays du commandeur, paraîtra en mars 2020 chez Liana Levi.
Tribune. « Le peuple veut la chute du régime ! » C’est en scandant ce slogan tonitruant qu’il y a une dizaine d’années des foules de manifestants s’emparaient des rues du monde arabe. Depuis lors, ce monde n’est plus ce qu’il était.
Personne n’aurait pu imaginer que le célèbre vers tunisien – « Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, force est pour le destin de répondre » – trouverait un tel écho auprès de populations soudain dressées contre leurs oppresseurs de longue date, et dont beaucoup pensaient qu’elles avaient à jamais été domptées par ces derniers.
La décennie a débuté avec ce que nous allions baptiser le « printemps arabe » et ses soulèvements populaires en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye et en Syrie. Elle s’apprête aujourd’hui à se clore avec de nouveaux mouvements au Soudan, en Algérie, en Irak et au Liban. Ces révolutions sont une chance historique de dépasser quantité de problèmes que connaît la région, dont le principal réside dans l’absence d’Etats modernes respectueux de la démocratie, des droits de l’homme, ainsi que des libertés collectives et individuelles.
Les dictatures, fléau du monde arabe
Fondés sur le rejet du pluralisme politique, ces Etats répressifs ont, outre avoir accaparé les richesses et les opinions, scellé le monopole du pouvoir autour d’un parti, d’une communauté confessionnelle ou d’un clan unique. Au fil du temps, il s’est avéré être celui d’une seule famille dont les fils devaient succéder aux pères, comme cela était clairement prévu en Irak, en Egypte, au Yémen et en Libye avant que les révolutions ne viennent balayer ces plans (et comme cela a effectivement eu lieu en Syrie).
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