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Agée de 25 ans, Erika a bien conscience d’être privilégiée. La jeune Suédoise a étudié quatre ans la finance à la Wingate University, en Caroline du Nord. Elle y a découvert le système universitaire américain : ceux qui s’endettent lourdement pour pouvoir suivre des études, ceux qui y renoncent.
Elle a décroché une bourse couvrant ses frais d’inscription. Mais fallait-il encore qu’elle paye le reste. Sa mère est infirmière, son père sans emploi. Sans les aides de l’Etat suédois, elle n’aurait jamais pu partir, ni entreprendre de nouvelles études à son retour des Etats-Unis.
Au cœur du système suédois de financement des études : CSN (Central Studiestödsnämnden), l’agence centrale d’aide aux étudiants. Une institution fondée il y a cinquante-cinq ans et dont personne n’oserait remettre en cause l’existence aujourd’hui.
En 2018, l’agence a apporté une aide financière à la quasi-totalité des étudiants suédois (476 000), inscrits à l’université ou dans des écoles d’enseignement pour adultes (les Komvux). L’aide se compose d’une bourse – soit 809 couronnes (80 euros) par semaine en 2019 – et d’un prêt public – soit 1 860 couronnes (180 euros) par semaine, peu importe la situation des parents. Les étudiants peuvent décider de ne percevoir que la bourse, ou bien choisir, comme 70 % d’entre eux, la formule complète, pour un total de 10 676 couronnes par mois. Ceux qui partent à l’étranger ont le droit à un petit supplément.
« A la fin du lycée, nous considérons chaque individu comme une entité indépendante, responsable de subvenir à ses besoins », explique Carl-Johan Stolt, expert auprès de CSN. En 2018, les aides ont coûté 30 milliards de couronnes (2,87 milliards d’euros) à l’Etat suédois. « Ce serait sûrement moins cher si on prenait en compte la situation des parents, reconnaît M. Stolt. Mais notre système repose sur le principe que tout le monde a le droit à la même chance, et nous ignorons quel est l’état des relations entre l’étudiant et ses parents. »
Les Suédois ont désormais vingt-cinq ans pour rembourser leur prêt, à un taux d’intérêt ultrapréférentiel (0,16 % en 2019)
Depuis 1965, quelques réformes ont été adoptées concernant les conditions de remboursement du prêt. Ceux qui l’ont souscrit entre 1989 et 2001 s’acquittent d’une somme équivalant à 4 % de leur salaire tous les trimestres, jusqu’à leurs 60 ans. Jugé trop dispendieux pour ceux qui effectuaient de longues études sans toucher de gros salaires, le système a été modifié en 2001. Les Suédois ont désormais vingt-cinq ans pour rembourser leur prêt, à un taux d’intérêt ultrapréférentiel (0,16 % en 2019). Ils peuvent toucher ces aides sur douze semestres, pas forcément consécutifs, mais avec une limite d’âge : 47 ans pour le prêt et 56 ans pour les allocations.
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