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Un discours, trois ou quatre questions, une poignée de selfies et voilà Guilherme Boulos reparti. « Les amis, restez assis, respectez les distances sanitaires ! », enjoint le candidat de gauche à la mairie de Sao Paulo en direction de la petite assemblée de partisans, réunis dans le quartier populaire d’Itaquera. Tout à la fois précis et pressé, tendu et tonique, Boulos remercie les présents et s’engouffre vite dans une petite voiture grise.
Le temps du candidat est précieux et son défi immense, à la mesure des espoirs qu’il suscite. A seulement 38 ans, « Boulos » (comme chacun l’appelle), disputera ce 29 novembre le second tour des élections municipales et dispose de sérieuses chances de faire basculer à gauche rien de moins que la plus riche et la plus grande mégapole d’Amérique latine.
Les vents sont porteurs : les derniers sondages donnent un Guilherme Boulos en pleine ascension, talonnant son adversaire du centre droit, le maire sortant et favori Bruno Covas. « Pour nous, le fait qu’il soit au second tour, c’est déjà une immense victoire », insiste Lidia, étudiante de 23 ans, tatouage sur l’épaule et mèches de cheveux teintes en bleu, venue apercevoir son candidat à Itaquera.
Car qui aurait parié un centavo sur ce candidat du petit Parti socialisme et liberté (PSOL), à la barbe noire et aux épaules voûtées ? Boulos ne disposait, jusqu’au second tour, que de dix-sept secondes de temps d’antenne à la télévision : douze fois moins que son adversaire. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir 20 % des voix (contre 32 % pour Bruno Covas) et de ranimer la flamme de la gauche brésilienne, toujours sonnée par la victoire en 2018 de Jair Bolsonaro.
Insurgé professionnel
Depuis, la « Boulosmania » bat son plein. « Vous me demandez sa principale qualité ? C’est difficile de répondre, car il les possède toutes », s’enthousiasme Rose, 39 ans, autre « fan » du candidat à Itaquera. Fait inédit : tous les caciques de la gauche, autrefois à couteaux tirés, ont apporté leur soutien unanime à l’homme du moment, depuis Lula jusqu’à l’ex-ministre de l’environnement Marina Silva, et même Ciro Gomes, troisième homme de la dernière présidentielle.
La trajectoire du nouveau « chouchou » de la gauche est singulière et transgresse les clivages sociaux du Brésil. Né en 1982, ce fils de médecins aisés grandit dans le quartier privilégié de Pinheiros, fief des « bobos » paulistes. Mais « Guilherme » se refuse à se laisser enfermer dans sa prison dorée. A 19 ans, il claque la porte du foyer familial, et s’en va planter sa tente dans un campement de sans-abri, installé à la lointaine périphérie de Sao Paulo.
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