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L’affaire met en émoi le petit monde de l’espace, un secteur aussi stratégique que prestigieux en Russie. Elle met aux prises des cosmonautes à la dignité offensée, un robot adepte de Twitter, mais aussi le patron du programme SpaceX, Elon Musk, des peluches de tigres ou un haut fonctionnaire amateur d’expressions fleuries. Et derrière cet alliage baroque, des questionnements de fond sur l’évolution du secteur spatial russe sous la direction de Dmitri Rogozine.
Cet ancien vice-premier ministre a pris en 2018 la tête de Roscosmos, l’agence spatiale russe. Depuis, il affronte une fronde discrète mais persistante, alimentée par les déconvenues et les problèmes techniques.
« Pardonne-nous, Gagarine »
L’un de ses critiques les plus féroces est un ancien cosmonaute devenu député, Maxime Souraïev. Cette évolution de carrière n’est pas rare en Russie, signe du prestige associé à l’espace. C’est d’ailleurs la députée Valentina Terechkova, première femme dans l’espace en 1963, qui avait la première suggéré, soixante ans plus tard, de modifier la Constitution pour permettre à Vladimir Poutine de rester au pouvoir.
Depuis plusieurs semaines, Souraïev attaque à découvert. Sur Twitter, il ne cesse de mettre en avant les succès de la NASA ou d’Elon Musk pour dénoncer le retard accumulé par la Russie. Le 6 octobre, en partageant une nouvelle vidéo de l’agence spatiale américaine, il commente : « Pardonne-nous, Iouri [Gagarine], on a merdé. » Dans le même temps, il dénonce les diversions de M. Rogozine, comme sa dernière proposition de… décorer les fusées russes des motifs traditionnels de l’artisanat local, comme la céramique de Gjel ou les objets en bois peints de Khokhloma.
La contre-attaque se passe aussi sur Twitter, où émerge une vidéo tournée en septembre 2014 dans la Spation spatiale internationale. Maxime Souraïev et deux de ses collègues y clament leur amour de la nature, à l’occasion de la Journée internationale du tigre, peluches à la main. Selon le compte Twitter derrière l’attaque, Souraïev et son collègue Alexandre Samokoutiaïev, lui aussi devenu député, seraient fin saoûls.
Les deux hommes ont rappelé, soutenus par les experts, que leur visage rouge et enflé, censé signer leur forfait, était un effet bien connu de l’apesanteur. Ils menacent désormais de se tourner vers la justice pour laver leur honneur.
« Parler moins et travailler plus »
Mais contre qui porter plainte ? Car l’identité du twitter vengeur est un autre élément de l’intrigue. Le compte accusateur, fermé depuis, était tenu par « Fedor », un robot à l’allure humanoïde envoyé dans l’espace en 2019. Le projet Fedor, porté personnellement par M. Rogozine, n’a pas tenu sa promesse de devenir un élément de « la conquête de l’espace profond », mais le robot et son compte Twitter sont restés des outils de communication.
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