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Tribune. La Commission européenne a présenté, le 23 septembre, son « pacte sur la migration et l’asile », qui est censé proposer une nouvelle approche équilibrée entre responsabilité et solidarité. En réalité, il s’agit surtout d’une nouvelle fuite en avant : faute de parvenir à convaincre les pays rétifs à l’accueil, elle a cédé à leurs exigences.
Depuis la signature du premier règlement de Dublin en 1990, l’Europe peine à se doter d’une politique commune en matière d’asile et de migrations. En l’absence d’une telle politique, ce sont 27 régimes d’asile très différents qui cohabitent au sein d’un même espace, et la fermeture des frontières extérieures est devenue le seul horizon commun. Trente ans plus tard, le bilan est effroyable : plus de 35 000 morts aux frontières, dont déjà 621 en Méditerranée pour la seule année 2020. L’Europe est devenue la destination la plus dangereuse du monde pour les migrants et les réfugiés.
Le bilan politique est également catastrophique : depuis la crise des réfugiés de 2015-2016, les débats entre Etats membres sur cette question sont devenus toxiques, et le dossier est explosif – au point que la campagne du Brexit s’est largement appuyée sur cette débâcle européenne, en promettant aux Britanniques de « retrouver le contrôle de leurs frontières ». Le récent incendie du camp de Moria, qui abritait 13 000 personnes abandonnées à leur sort sur l’île de Lesbos, a souligné à nouveau l’urgence de sortir de cette impasse politique et humanitaire.
On attend depuis trente ans une stratégie commune
On attendait donc beaucoup du pacte sur la migration et l’asile, dont la présentation avait été avancée d’une semaine suite à l’incendie du camp de Moria. Dans son discours sur l’état de l’Union, le 16 septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé une nouvelle approche, « humaine et compassionnelle », et la fin du règlement de Dublin, qui serait remplacé par un nouveau « mécanisme de solidarité ». Il était en effet indispensable que la Commission reprenne l’initiative sur ce dossier, où chaque crise humanitaire, chaque camp, chaque naufrage, chaque bateau en attente d’un port de débarquement, écornait davantage le projet politique européen. Il était donc salutaire que la Commission reprenne la main : on attend depuis trente ans une stratégie commune en matière d’asile et d’immigration.
Las ! Les propositions présentées mercredi 23 septembre ne constituent en rien un compromis entre solidarité et responsabilité, mais plutôt entre lâcheté et cynisme. Faute de parvenir à convaincre les pays rétifs à l’accueil des migrants et demandeurs d’asile, la Commission européenne s’est laissée dicter leur volonté. En cela, le pacte constitue un double piège pour le projet politique européen.
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