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SAINT-DENIS. Une fillette s’est intoxiquée accidentellement en portant à sa bouche un mégot de cigarette contenant de la chimique, alors qu’elle jouait dans un parc. Hospitalisée, elle a rapidement récupéré ses facultés. Mais les conséquences auraient pu être dramatiques.
C’est ce que redoutent et ce sur quoi alertent les professionnels du sujet depuis de long mois. Une nouvelle intoxication à un produit chimique contenu dans une cigarette aurait pu avoir des conséquences catastrophiques, d’autant plus que cela concerne un bébé de 13 mois. Les faits se sont produits au début du mois sur une aire de jeu située sur le boulevard sud, au niveau du quartier de La Source. Une mère de famille était alors venue profiter du lieu avec ses trois enfants en bas âge. Tandis que le bébé de 13 mois joue par terre, il échappe à la vigilance de son parent une petite minute et porte à sa bouche un mégot trouvé au sol. Sa mère a tout juste le temps de réagir et de lui nettoyer rapidement le visage, mais le mal est fait.
Au réveil de sa sieste qui suit la sortie au parc, la fillette a des réactions étranges. Absence de tonus musculaire, les yeux qui regardent vers le bas, plus aucun réflexe… Son tableau neurologique apparait totalement altéré au service pédiatrie où elle est admise en urgence. Après être resté en observation une nuit, un nouvel examen autorise finalement la sortie du bébé puisqu’il a retrouvé l’ensemble de ses facultés. Mais par précaution, les médecins qui ont prélevé des échantillons biologiques diligentent une analyse auprès du laboratoire de pharmacologie et toxicologie du CHU de Bordeaux.
Signalement à l’ARS
Il s’avère après étude, que le bébé a en réalité été intoxiquée par un cannabinoïde de synthèse utilisé notamment pour fabriquer du tabac chimique, connu aussi sous son appellation de drogue du chaman. De son nom savant “4F-MDMB-BICA”, la molécule identifiée fait partie des 250 différents types de cannabinoïde de synthèse qui se trouvent actuellement sur le marché. Cette substance qui n’a fait l’objet que d’un seul signalement à ce jour auprès du réseau des centres d’addictovigilance, n’a été découverte pour la première fois qu’en mars 2020. De récentes évaluations réalisées par la commission européenne ont pourtant immédiatement mis l’accent sur une extrême dangerosité, puisque 21 décès avec une exposition à cette molécule auraient déjà été recensés au sein de l’Union européenne. Classée comme substance psychoactive nocive (NPS), elle a été détectée dans des mélanges à fumer, des poudres, des liquides (y compris des e-liquides) et du papier imprégné de la substance (type buvard).
La présence de cette substance et de l’intoxication accidentelle d’un très jeune marmaille ont été prises très au sérieux au niveau national. Un signalement a été adressé à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) d’une part, et à l’Agence régionale de santé (ARS) de La Réunion d’autre part.
Ces dernières années, les conséquences de l’augmentation de l’usage de drogues synthétiques sur l’île a pour conséquence la multiplication des intoxications accidentelles ou non. En début d’année dernière, c’est un marmaille de trois ans qui avait ingurgité un ecstasy resté sur la table du salon après une fête des parents la veille. La plus extrême prudence doit être observée vis à vis des personnes qui pourrait offrir des cigarettes dans la rue. Mais le problème se pose comme une question de santé publique, alors que les plus démunis ramassent également des mégots à terre pour en récupérer les restes de tabac…
Julien Georget
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