[Faits Divers] Trois ans requis contre l’installateur du portail mortel

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SAINT-PAUL. Un artisan avait été mis en examen suite à la mort du petit Kehan, mortellement écrasé par un portail installé sans que les précautions nécessaires n’aient été mises en œuvre. Un an de prison ferme aménageable a été requis à son encontre pour une “défaillance inadmissible”. Décision le 4 septembre.

C’était le 12 décembre 2017. Kehan, âgé de trois ans et demi, perdait la vie quelques heures après avoir été pris en charge par les secours. Victime d’un grave traumatisme crânien, le marmaille avait eu la tête coincée dans le portail automatique de la maison familiale. “Ma vie s’est arrêtée, je ne suis plus ici“, témoignait hier la mère du jeune garçon, en évoquant les faits. “On parle beaucoup de Kehan dans cette affaire, mais on ne sait pas vraiment qui il est“.

 

Un portrait dans la main, qu’elle a souhaité conserver loin du regard du grand public, elle évoque avec beaucoup de dignité la trop courte vie de son enfant. Les moments de bonheur tout simple, les dessins animés préférés, la “guerre des bisous”, les premières heures en maternelle… et le bouleversement complet de la vie de toute une famille. “Je ne peux pas regarder sa photo. La seule pensée qui m’obsède, c’est comment rendre Kehan vivant“. Dans un cahier, les anecdotes sont précieusement conservées à l’attention du grand frère, pour qu’il sache qui était ce petit garçon qui aurait dû partager sa vie. 

 

L’enquête conduite par les gendarmes suite au drame, avait conduit à la mise en examen en juin 2019 de l’artisan-électricien responsable de l’installation du moteur du portail. Et pour cause. 

 

Une expertise éloquente avait immédiatement mis en lumière de graves manquements dans l’installation du dispositif. “Vous étiez en charge de la motorisation du portail qui a été installé par un autre artisan“, précise pour sa part la présidente du tribunal, à l’adresse de l’artisan poursuivi pour homicide involontaire. “Des difficultés ont immédiatement été relevées sur les cellules de détection des obstacles censées suspendre la course du portail en cas de passage, ainsi que sur le réglage du moteur“. Les deux cellules ont effectivement été installées à l’extérieur de la case. “L’enfant se trouvait à l’intérieur. Il eût été plus judicieux de disposer les cellules de part et d’autre de l’entrée“, constate la magistrate. 

 

 

Piège mortel

 

En ce qui concerne le moteur, l’expert avait noté là-encore une absence de réglage et une puissance bien supérieure à ce qui était nécessaire. “Il est noté que la force usuelle est de 40 kilos environ. Elle était ici au maximum et correspondait à 3,4 tonnes“. Une puissance poussée au maximum, comme proposé par défaut à l’achat du moteur chez le fournisseur. “Je n’ai jamais réglé le couple moteur. On ne m’a jamais montré ça quand j’ai été formé“, constate simplement le mis en cause. “Le moteur a effectivement été installé conformément à la notice mais sans les réglages adéquates“, ajoute le bâtonnier Laurent Payen, conseil des parties civiles. “L’installateur doit procéder aux réglages et essais avec un dynamomètre. Ça n’a pas été fait, il y a donc une faute de l’installateur. La première obligation d’un professionnel, c’est justement la sécurité des autres. C’est la raison pour laquelle on fait appel à lui“. Un avis partagé par le ministère public qui a évoqué “une faute caractérisée et une défaillance inadmissible“. 

 

La mère de Kehan aura simplement évoqué avec pudeur ce portail devenu source d’une détresse abyssale. “Ce portail était censé protéger mon petit garçon, qu’il n’aille pas dehors“. Une pensée obsédante qui aura ajouté encore à la souffrance de la famille. “Ma cliente ne peut s’enlever de la tête que c’est elle qui a appuyé sur le bouton d’ouverture ce jour-là“, complète Me Payen. Sans détection des obstacles et avec une puissance totalement exagérée qui n’aura pas permis de sentir la résistance, le malheureux marmaille s’est retrouvé coincé dans un piège mortel. 

 

L’artisan qui, durant les travaux de 2014 avait déjà installé “trois ou quatre” autres moteurs avant celui-ci, a immédiatement fait réviser ses autres installations chez l’ensemble de ses clients. “Je suis vraiment désolé. Je pense que j’ai fait une très grosse erreur“. Les réquisitions à son encontre se sont portées à trois ans de prison, dont deux assortis d’un sursis simple. Le port d’un bracelet électronique durant la période ferme a été demandé par le parquet. 

 

La décision du tribunal sera rendue le 4 septembre prochain. 

 

J.G. 

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clicanoo

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