[Faits Divers] Meurtre d’Alexandrine Silloz : Patrick Lao-Kan écope de 15 ans de réclusion criminelle

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ASSISES. Le procès de Patrick Lao-Kan a débuté hier. Il est accusé d’avoir volontairement donné la mort à sa femme, Alexandrine Silloz. Mais alors qu’il prône la légitime défense, plusieurs éléments évoqués prouveraient le contraire. Finalement, la cour n’a pas retenu la thèse de la légitime défense, Patrick Lao-Kan a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle, en deçà de la réquisition du ministère public qui demandait 23 ans.

Le 16 juillet 2018, Patrick Lao-Kan a été découvert, le t-shirt rempli de sang, à la porte de son appartement du Chaudron, à Saint-Denis. Il s’injectait à plusieurs reprises des seringues d’insuline, qui, à terme, auraient pu entraîner un coma, a expliqué un des médecins. “Il était agité, virulent, ne se laissait pas maîtriser”, explique un des enquêteurs de l’époque. Il aurait notamment crié “li tromp a mwin et c’est li qui pique à mwin d’abord”, sans vraiment se soucier de l’état de sa femme qui était au sol, dans une mare de sang. Un des témoins précise qu’il se serait asséné lui-même plusieurs coups au niveau du thorax. Ce qu’il a fini par avouer, “je me suis dit que si ma femme doit y rester, moi aussi, c’est pour ça que je me suis mis des petits coups de couteau et que j’ai pris des médicaments”, a-t-il déclaré au psychologue.

En effet, alors qu’il prétend avoir agi en cas de légitime défense, les plaies auraient toutes pu être de l’autoflagellation “vu où elles sont situées sachant que l’accusé est droitier”, précise le médecin légiste. Pour son avocat, Me Gorce, il parait cependant peut probable qu’un homme ait pu se provoquer lui-même des plaies si profondes, notamment une au niveau de l’artère pulmonaire qui aurait pu être mortelle s’il n’y avait pas eu de prise en charge.

 

 

Des preuves mettent sa parole en doute

 

Le médecin légiste ajoute également que Patrick n’avait aucune plaie de défense, contrairement à Alexandrine qui, elle, en avait au niveau des mains et de la hanche. Ce qui indiquerait qu’elle se soit mise en position pour se protéger. Ce qui ne coïnciderait pas avec la, enfin les, versions de son conjoint. Il aura effectivement deux versions différentes, à un an d’intervalle, ce qui étonne le président “si vous êtes victime, on ne comprend pas pourquoi vous mentez”. “J’avais peur de mourir et j’avais peur qu’on ne me croit pas”, a-t-il déclaré.

Dans ses premières auditions, il expliquera qu’il était assis tranquillement sur le canapé et que sa femme serait venue l’attaquer avec un couteau. Planté dans son torse, il a réussi à la maîtriser et à récupérer le couteau. Puis il donnera une seconde version : ils se seraient disputés et, pour se calmer, il serait parti dehors pour fumer une cigarette. En rentrant, il aurait voulu faire un câlin de réconciliation à sa femme et c’est à ce moment-là qu’elle lui aurait mis un coup et qu’il aurait pu retourner le couteau contre elle. “On a eu mal à comprendre pourquoi ce réflexe, alors que si vous aviez peur, vous n’aviez qu’à vous enfuir. Et puis, si vous arrivez à avoir le couteau dans les mains, vous n’êtes plus en danger, donc ce n’est pas logique”, se questionne le président. De plus, “si on désarme quelqu’un, on se blesse à coup sûr”, ajoute Me Morel, l’avocat de la partie civile.

Pour le président et Me Morel, cela ne fait aucun doute : la vraie situation est sa première version, mais à l’inverse. “Vous l’auriez surpris en train d’envoyer un nouveau SMS sur le canapé et vous lui avez mis un coup de couteau. Tout coïncide, entre le téléphone portable retrouvé sur le canapé, ainsi que le sang d’Alexandrine imprégné dans le tissu”, ajoute le président. D’autant que Patrick était dans un tel état de nerfs avant les faits, qu’il a dû quitter son lieu de travail car il n’était plus en capacité de faire quoique ce soit.

 

Un coup si fort qu’il lui perfore le cœur

 

Patrick aurait découvert que sa femme entretenait une relation virtuelle avec un autre homme en métropole. Elle avait déjà confié à sa famille son intention de partir rejoindre ses enfants en métropole. “C’était des messages et des appels jusqu’à tard le soir”, a-t-il déclaré à la barre, après avoir avoué lui avoir cassé son téléphone la première fois. En effet, le mari (très) jaloux a eu du mal à supporter. Il est décrit par la famille comme quelqu’un de possessif et excessif. Quant à Alexandrine, c’est une femme de caractère, “c’est elle qui menait la danse dans le couple” a ajouté sa sœur à la barre. “Malgré son fort tempérament, elle redoutait les colères de son mari”, a-t-elle conclu.

Au-delà de ses plaies de défense, Alexandrine avait notamment une plaie de 19 cm. Le cœur a de ce fait été sectionné en deux et était donc inopérable. Avant cela, Patrick a affirmé à plusieurs reprises l’avoir accompagnée au sol “pour ne pas qu’elle se fasse mal”. Il confie l’avoir allongée sur le côté, or, elle a été retrouvée visage et ventre contre le sol. Pour les sapeurs-pompiers, elle serait plutôt tombée sur elle-même. La reconstitution des faits mettra également le doute aux enquêteurs. Il explique alors qu’elle se serait retournée lorsqu’il serait parti à la fenêtre appeler “au secours”.

Pour l’avocat de la partie civile, Me Morel, Patrick aurait mis en place tout un scénario pour minimiser ses responsabilités. Ce qui ne semble pas totalement improbable pour le psychologue, bien qu’il ait qualifié l’accusé “d’individu au niveau très limité”. “C’est un crime passionnel, non pas un crime d’amour, mais un crime de possessivité”, ajoute Me Morel. Le débat s’est clôt hier sur ses plaidoiries avant de reprendre aujourd’hui avec celles de Me Groce une fois les réquisitions de l’avocat général prononcées.

 

Charline Bakowski

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