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SAINT-PAUL. Sous l’oeil du ministre des Outre-Mer, Sebastien Lecornu, venu en urgence à la Réunion, les pompiers ont repris le dessus sur l’incendie, hier. Mais leur maitrise est encore fragile et soumise à l’évolution de la météo.
Sebastien Lecornu au plus près de l’incendie.
En début de matinée, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu s’est rendu au Maïdo en hélicoptère, tout juste après avoir atterri à Gillot sur un vol commercial. Venu “coordonner les moyens mis en place” comme il l’a annoncé sur Twitter, lundi, le ministre est surtout venu constater les dégâts. Par chance, les conditions météos couplées aux travail de sape des pompiers et des moyens aériens, ont commencé à porter leurs fruits. “Le feu est fixé et figé”, a annoncé Sébastien Lecornu, peu avant midi. “Mais il n’est pas éteint. La capacité de reprise de l’incendie est préoccupante”, a-t-il aussitôt ajouté. Au gré du vent, l’incendie peut encore reprendre vie. De nouveaux départs petits départs de feu sont d’ailleurs observés, même s’ils sont immédiatement éteints par les hélicoptères. Les grandes flammes ont cédé la place à un incendie plus discret et fourbe : il progresse au sol en dévorant la couche d’humus particulièrement sèche.
Les pompiers basent leur stratégie sur la création de lignes de lisière. Les 6 hélicoptères se relaient pour refroidir le périmètre du secteur incendié, soit une dizaine de kilomètres. Ils ouvrent ainsi la voie à des détachements terrestres. Ceux-ci creusent des tranchées qui sont ensuite abondamment arrosées. “On utilisera prochainement une caméra thermique pour identifier d’éventuels points chauds restants”, précise le colonel Pothin. Les pompiers resteront au moins 15 jours au Maïdo pour définitivement maîtriser l’incendie et s’assurer qu’il ne reprenne pas.
Un bilan légèrement moins élevé qu’annoncé.
Ce ne sont plus 200 mais plutôt 175 hectares d’espèces invasives et endémiques qui ont brûlé depuis samedi. Ce bilan légèrement revu à la baisse par rapport à lundi reste conséquent. “La catastrophe écologique” soulignée par Sébastien Lecornu, aurait pourtant pu être beaucoup plus lourde. “Le joyaux du parc national”, comme l’appelle son président, Eric Ferrère, n’a pas été touché par les flammes. Il s’agit d’un triangle de biodiversité où aucune espèce invasive n’a jamais été observée. Le lézard des Hauts, une espèce endémique de la Réunion, présente sur le rempart du Maïdo, est également préservé contrairement aux inquiétudes de samedi.
80 personnels en renfort et du retardant pour le Dash.
Les renforts annoncés dès lundi débarquent à la Réunion aujourd’hui. 80 personnes de la Sécurité civile, présentées comme des « commandos pompiers » vont venir soulager les quelques 150 sapeur-pompiers mobilisés. Le stock de retardant utilisé par le Dash va également être reconstitué dans les prochains jours. Environ 75 tonnes sont allouées chaque année à la Réunion. Une première moitié a été consommée avant les incendies du Maïdo en raison des multiples feux qui ont ponctué cette saison sèche. La seconde moitié a été totalement épuisée dans le week-end. A moins d’une reprise de l’incendie, il ne devrait pas être de nouveau employé.
Le Dash disperse désormais uniquement de l’eau. Comme indiqué dès lundi par la préfecture, il ne sera pas épaulé par un deuxième avion. La France en possède quatre. L’un est actuellement utilisé pour les transfert de cas Covid +, un autre est cloué au sol en raison d’une panne, le troisième est à la Réunion et le dernier appareil reste en réserve sur le territoire hexagonal. “Selon les pompiers, un deuxième Dash ne serait pas utile. D’autant qu’il faut 15 jours pour le déployer à la Réunion”, justifie Sébastien Lecornu.
Près de 500 000 euros de frais d’hélicoptère.
Quel sera le coût financier de cet incendie ? “L’Etat ne regarde pas les moyens. On les déploie en fonction des besoins”, a voulu rassurer Sébastien Lecornu. Si l’Etat n’en fait pas une question d’argent, il faudra bien faire le bilan économique. Depuis samedi, près de 500 000 euros de frais d’hélicoptère ont été dépensés. Il faut également ajouter le prix du retardant. A environ 2000 euros la tonne, ce sont 60 000 euros de produit qui ont été utilisés depuis samedi. Viendra enfin le prix de la reconstitution des milieux. Celui-ci peut grimper jusqu’à 90 000 euros l’hectare.
Le classement à l’Unesco ne sera pas remis en cause.
Depuis que la Réunion est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, c’est le 3e incendie de grande ampleur qu’elle affronte. Ce nouvel épisode pourrait-il lui coûter cette reconnaissance ? “Si la biodiversité diminue, on peut perdre notre classement. Mais je ne crois pas que ça sera le cas”, précise Eric Ferrère, le président du Parc national. “Ce n’est pas un sujet, renchérit Paul Ferrand, le directeur adjoint. Mais on fera un retour auprès de l’Unesco. Nous leur dirons les moyens massifs qui ont été employés et l’impact que l’incendie a eu sur la biodiversité”.
La restauration du site déjà en réflexion.
Sébastien Lecornu l’a promis : “le plan de relance sera utilisé pour reconstituer la biodiversité “. Il n’a pas détailler l’enveloppe que pourrait consacrer l’Etat. Mais la volonté politique est là, au niveau national et local. Le Département et la Région ont validé le principe de faire de la zone incendiée un secteur prioritaire. Ce n’était pas le cas jusqu’ici. Ce classement permettra à la fois de lutter contre l’Ajonc d’Europe, une espèce invasive, et facilitera la « renaturation » du site avec la plantation d’espèces endémiques. “Il faudra fixer les zones prioritaires au sein du secteur incendié. On ne pourra pas tout faire en même temps “, détaille Paul Ferrand, directeur adjoint du Parc National. Un relevé précis des secteurs brûlés et des poches de flore restées intactes sera réalisé. Il faudra ensuite agir vite, dans les quatre ou cinq mois suivant la fin de l’incendie. Il faudra retirer manuellement chaque plant d’Ajonc d’Europe qui repousseront. “Il faut se saisir des incendies pour les éradiquer de façon durable, estime Eric Ferrère, le président du Parc national. Ces plantes sont pirophyles. Si on ne fait rien, elles vont se développer encore plus densément. Dès que des plantules sortiront de terre on les éliminera et on les remplacera par des plantes endémiques “.
La gendarmerie lance un appel à témoin.
Toutes les personnes qui se trouvaient dans la nuit de vendredi à samedi sont priées de se faire connaître auprès de la gendarmerie. Celle-ci a lancé, hier matin, un appel à témoin : “Appel à témoins dans le cadre de l’incendie en cours au Maïdo : Dans la nuit du vendredi 06 au samedi 07 novembre 2020, un incendie particulièrement violent touche la zone du Piton Maïdo au niveau des parkings donnant accès au belvédère (terminus de la route forestière N°08). Dans le cadre de l’enquête de gendarmerie en cours : Toute personne ayant pu se trouver dans cette aire géographique, dans des conditions de temps proches de celles mentionnées ci dessus, est invitée à contacter la communauté de brigades de Saint-Paul. Contact : Brigade de proximité de Saint-Paul : 02.62.45.45.45”.
Audrey Fontaine pense déjà à “l’après”.
L’opposante municipale de Saint-Paul, Audrey Fontaine, regrette “la problématique du ravitaillement en eau des pompiers” qui perdure malgré les “enseignements tirés des incendies de 2010 et 2011″. Elle salue toutefois l’engagement des sapeurs-pompiers qui se relaient au Maïdo depuis samedi et se félicite de “la réactivité de l’Etat avec la visite de Sébastien Lecornu”. Si elle ne souhaite pas s’engouffrer gratuitement dans la polémique, elle s’interroge sur l’opportunité d’avoir demandé un deuxième Dash en renfort “alors qu’il n’y avait déjà plus de produit retardant”. L’élue s’intéresse de près à la reconstruction du site. “Il faudra une bonne coordination avec la participation de tous les acteurs concernés”, prévient-elle.
Jean-Philippe Lutton
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