[Faits Divers] Le procès d’un vrai caïd de la drogue

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SAINT-DENIS. Wilson Titus, son lieutenant, ses revendeurs et les seconds couteaux d’un vaste trafic de drogue comparaissent à partir d’aujourd’hui devant le tribunal correctionnel. Les quinze prévenus sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans ce réseau structuré qui importait et arrosait l’île en cocaïne, cannabis, ecstasy et amphétamines.

Wilson Titus, 44 ans, est la tête d’affiche de ce procès hors norme où il est poursuivi aux côtés de quatorze autres prévenus pour importation, acquisition, cession, transport et détention de cocaïne, de MDMA, d’ecstasy, d’Artane, de Rivotril et de résine de cannabis. Ce n’est pas un hasard si le caïd du Chaudron est au cœur de ce trafic de grande ampleur. Les policiers de la brigade des stupéfiants de la sûreté départementale ont retrouvé sa trace à chaque étape de leurs investigations. A commencer par ce 27 juillet 2016 où un indic les met sur la piste de Wilson Titus.

Les enquêteurs procèdent immédiatement à des écoutes téléphoniques qui confirment l’existence d’un trafic de belle envergure. Dans la boucle figurent plusieurs gros revendeurs comme Yohan Isana, 31 ans, Dann Gasp, 24 ans, Sébastien Althierry, alias “Bouchon”, 28 ans, Jean-Marie Elliautou, alias “Mari” 31 ans, Bilal M’Roivili, 28 ans. Soucieux de la bonne marche de son business, Wilson Titus a son double. Ludovic Robert, alias “l’Ours” 32 ans, est son lieutenant. Les deux hommes se côtoient assidûment. Ils sortent en boîte de nuit, notamment pour écouler de la marchandise. Mais l’essentiel des transactions se déroulent chez Robert à Saint-Gilles, au domicile de Titus au Chaudron ou, le cas échéant, au Quick de Sainte-Clotilde.

Les deux hommes disposent d’un solide réseau d’approvisionnement au moyen de mules et de colis postaux. Pour ce faire, ils se sont adjugés les services d’un sous-traitant de Chronopost. Julien Tortillard, alias “Tortue”, 27 ans, intercepte la drogue pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains des douaniers. Une fois acheminée, la came part chez les “nourrices”, des quidam sans casier judiciaire, rétribués pour stocker.

 

 

PLUS DE 350 CONSOMMATEURS

 

Les gros revendeurs et leurs dealers font le reste, même si tout le monde met la main à la pâte. Wilson Titus et ses complices se contactent parfois au moyen de “téléphones de guerre” ou sur des réseaux de communication sécurisés. Les conversations sont codés à dessein. “Friandises, chocolat, Nutella, Haribo, Ferreros Rochers, pastilles, bonbons, Chupa Chups, pastille pour vendre…” A les écouter, on pourrait croire que Wilson Titus a ouvert une confiserie. D’autres noms de code étaient tout de même plus explicites comme “la poussière sniff sniff”, “Betty Boop qui démonte” ou “la neige en bloc” par exemple. Le caïd prend aussi des précautions pour ne pas être épié. Il dispose de “sonnettes”. Des petits gars qui “choufent” et donnent l’alerte en cas de présence policière aux abords de sa case.

Un fournisseur est également renvoyé en correctionnelle. Thomas Daride, alias Tomtom 28 ans, était dans la région de Montpellier quand il a envoyé une trentaine de colis dans son île natale. Cette recrue de Yohan Isana, comme trois autres “exportateurs” métropolitains, se faisait payer au moyen de mandat cash via Western Union ou Money Gram. A Nantes, Brice Latour, alias le fantôme, a écopé de cinq ans de prison en août dernier. Il a reconnu l’envoi de 3 kilos de cocaïne et d’ecstasy avec un bénéfice de 115 000 euros.

En fin d’enquête, les policiers estimaient à 1,5 kilo les livraisons de cocaïne à Wilson Titus ainsi que plusieurs centaines de d’ecstasy. Les écoutes et les surveillances ont permis d’identifier plus de 350 consommateurs pour un business évalué à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les avoirs criminels saisi au domicile de l’intéressé sont à ce titre éloquents.

 

 

LES GOÛTS DE LUXE DU CAÏD DU CHAUDRON

 

Le caïd, qui touchait 800 euros mensuels des Assédic, possédait cinq véhicules dont une BMW série 5 ou encore une Audi Q7. En perquisition, les policiers ont découvert pêle-mêle des cartouches en grand nombre, un pistolet 9 mm, plus de 5 000 euros dissimulés dans une poubelle, la trace de bijoux revendus chez Cash Converters pour un montant de 7 000 euros ou encore la bagatelle de 28 montres de valeur. Sans compter que lui et son épouse s’offraient des voyages en Thaïlande, à Maurice, des grands restaurants ou des nuitées dans de luxueux hôtels de La Réunion.

Son lieutenant, Ludovic Robert, n’est pas en reste. Lui aussi était armé et disposait de 16 000 euros en espèces ainsi que la panoplie du parfait dealer. Wilson Titus et son lieutenant ont prouvé qu’ils étaient de vrais caïds en garde à vue. Mutiques à souhait. Le problème est qu’entre les écoutes, les déclarations des clients et des seconds couteaux plutôt bavards, leur ligne de défense est un peu courte. Quand bien même certains ont refusé de parler, voire se sont rétractés par peur des représailles.

A ce propos, cette réponse de Frédéric Béril, prévenu de 46 ans interrogé par le juge sur le train de vie de Wilson Titus, est éclairante : “C’est un marmaille, personne ne va lui poser de question, même dans la famille personne ne lui pose question. Même si un avion devait atterrir dans sa cour, personne ne lui poserait la question”. Et le juge de s’inquiéter de la peur qu’il inspirerait. “Il faut poser la question aux autres protagonistes. Moi, en tant que cousin, je connais son caractère, je ne suis pas là pour lui poser des questions”, conclut-il. Ça promet…

 

 

Eric Lainé

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